Caserne de pompiers de Labeaume, un feu de paille !!!

REGARDS

Publié le 2017-07-25 | Le Nouvelliste

National -

J'aurais pu titrer cette chronique: "Regis Labeaume: philanthrope imaginaire ou mégalomane confirmé ", ou encore "Le crapaud qui se croyait un bœuf", ou " La caserne de pompiers de Regis éteinte par le gouvernement canadien"... Comme vous, sans doute, j'ai sursauté en lisant, le 12 juillet dernier dans les colonnes du Nouvelliste " LE PROJET DE CASERNE DE POMPIERS en HAÏTI EST MORT". La nouvelle retentit d'ailleurs, comme un orage, dans un ciel clair. Affaires mondiales Canada, qui devait financer ce projet à hauteur de 2,6 millions de dollars, déclara que sa flamme pour cette caserne de pompiers s'est éteinte et que sa construction, annoncée, [tout feu toute flamme], par Regis Labeaume, cinq ans auparavant, ne faisait plus partie de leurs plans". Cette déclaration des autorités fédérales canadiennes qui aurait pu passer comme un fait divers s'est très vite transformée en manchettes reprises en boucle, embrasant les réseaux sociaux et les médias traditionnels, à cause des propos incendiaires du maire de Québec : Regis Labeaume. Si aucune note officielle du gouvernement fédéral n'a précisé les raisons de l'extinction du projet, cela n'a pas empêché à David O'brien, relationniste de presse de la mairie de Québec de faire son propre bilan: " Le gouvernement haïtien est responsable de l’échec, dit-il, n'ayant pas pu rendre disponible un terrain avec des titres de propriétés, avec des études géotechniques des sols". Et le maire Labeaume ajoutera à brûle-pourpoint ces termes que le protocole diplomatique élémentaire lui interdit : "...ça fait juste la preuve que c'est extrêmement désorganisé... Quand j'ai regardé le dossier , j’étais découragé..." On peut, à la rigueur, comprendre le désarroi du maire de voir son projet partir en fumée, lui qui brûlait d'envie de voir sa réalisation. Mais M. Labeaume, reconnu pour son tempérament de feu, franchit le feu rouge quand il enchaîna d'une condamnation, sans appel, consumant tout espoir d'une Haïti meilleure: "Je me demande s'ils s'en sortiront un jour... ils ont tout sur un plateau d'argent et ils ne sont pas capables de fournir les titres de propriétés" Heureusement que Dieu, lui-même, n'est pas aussi catégorique et expéditif que le maire, sinon... Bon, chers lecteurs, dans cette histoire de caserne de pompiers qui a été mise sur la glace par les Canadiens, ne nous énervons pas. Nous ne jetterons pas de l'huile sur le feu, en nous en prenant à Regis Labeaume. On risquerait de se faire accuser de mordre la main de celui qui a failli nous aider. Par contre, essayons de remonter le film des événements afin de comprendre ce projet qui a mijoté à feu doux pendant cinq années et qui n'a pu aboutir comme les appels d'une compagnie de téléphone d'un temps jadis. CHRONOLOGIE DU PROJET SEPTEMBRE 2011 Michaelle Jean, alors représentante de l'Unesco rencontre, lors d'une visite en Haïti, le président Martelly qui attire son attention sur la caserne de pompiers de Port-au-Prince. Cette caserne fissurée par le séisme de 2010, dit le président-chanteur, "m’enlève le sommeil". Touchée par ses paroles, Michaelle Jean se sentit interpellée. Elle prit, "son bâton de pèlerin", et elle se donna la mission de faire retrouver le sommeil au président et une caserne moderne à la centaine de pompiers de Port-au-Prince. NOVEMBRE 2012 Michaelle Jean obtint de son amie Regis Labeaume un appui spontané, pour trouver l'aide nécessaire à la réalisation du projet. Évidemment, pour mieux comprendre l'ampleur du problème, une visite conjointe en Haïti est programmée. Il était question d’intégrer d'autres municipalités et le corps des pompiers de Québec. Mais cette promesse de M. Labeaume ne fit pas long feu. Il décida d'aller au feu, avec une équipe de 4 personnes dans laquelle aucun membre des sapeurs pompiers au niveau des opérations n'y figurait. Seul le directeur du service de protection contre les incendies en faisait partie, Richard Poitras, un fonctionnaire qui prendra sa retraite, deux ans plus tard. Cette décision mit le feu aux poudres, entre Labeaume et le syndicat des pompiers, en rupture de négociation de contrat depuis 6 ans. Déjà qu'entre ces deux entités, le torchon brûlait. La suspicion s’éveilla et le syndicat a voulu savoir quel coup fumant prépare Labeaume. Le syndicat questionna l’efficacité de la démarche, mettant en doute la compétence de la délégation qui se rendra à la perle des Antilles. Le président du syndicat des pompiers suggéra même, tout en reconnaissant la nécessité d'aider Haïti, que Regis Labeaume aille visiter l’état vétuste de certaines casernes à Québec, avant de porter secours à Port-au-Prince. Le syndicaliste indigné, de l'exclusion des pompiers du terrain, mettra en doute les nobles intentions du maire. La visite en Haïti, prétend-il, serait une habile façon de "se soustraire à un voyage moins séduisant, à Abidjan, où se déroulait presque en même temps une rencontre des maires francophones. Quoiqu'il n'y ait pas de fumée sans feu, votre humble serviteur ne peut ni corroborer ni infirmer ces paroles. JUIN 2013 Visite de réciprocité et de suivi de Mme Jean et de la ministre du Tourisme à Québec, Mme Villedrouin. Le protocole diplomatique très coûteux aux contribuables permet aux élus ce train de vie de voyages somptueux. Déclarations de principes, promesses, on se sourit, on fait le beau, on fait des génuflexions, on se serre la main, on fait d'autres déclarations en conférences de presse d'où sortiront les titres des journaux et des bulletins de nouvelles. Et, le peuple devant sa télévision a le temps de crever ou de partir pour le Chili, avant que ces promesses se concrétisent et on change de gouvernement et on oublie, et on s'en va sous les applaudissements, après trois petits tours, comme le font les marionnettes. Mme Villedrouin, à Québec, annonce une valse de projets immobiliers et hôteliers de gens d'affaires québécois, à Jacmel et à l’Île-à-Vache, dix millions. Regis Labeaume n'est pas moins bavard; exposition d'artistes de fer découpé, à l’hôtel de ville. Il devient, tout à coup, expert en tourisme, et parle des projets de Resorts à Jacmel, il invente le concept de tourisme créatif, faisant référence à la créativité artistique surprenante des Haïtiens. FÉVRIER 2014 Concrétisation de la promesse de 2012 de Regis Labeaume qui annonce l'apport d'environ 2 millions de dollars, par la voix du ministre Christian Paradis. C'est donc le gouvernement fédéral canadien qui financera le projet réclamé par Martelly, porté jusqu'au maire Labeaume par Michaelle Jean. Quelle belle chaîne de coopération! JANVIER 2015 Concrétisation de l'aide de 2 600 000 dollars du gouvernement fédéral en argent et 170 000 de la municipalité de Québec en expertise. Le maire Labeaume qui encensait, en 2012, le président Michel Martelly, je cite : " Les Haïtiens n'ont jamais eu un président de ce genre. Il peut les emmener loin, je pense ". Son langage commence à être plus nuancé, en 2015. Sans crier au feu, il comprend dans le feu de l'action qu'une étincelle ne suffit pas toujours à faire démarrer le moteur. "Faire affaire avec Haïti n'est jamais simple", conclut-il. Peut-on dire que ces déclarations furent lancées après son baptême de feu dans la politique haïtienne? Au moment où tout était au beau fixe, et que le feu vert était donné, du côté des Canadiens, et qu'une date de début des travaux était annoncé Hiver 2016 et une inauguration à l’été 2017. Ce sera l’entrée en période de profondes crises électorales, en Haïti... L’État haïtien se mettra , en mode pause. Seul l'ouragan Matthiew soufflera la flamme électorale jusqu'à l’éteindre, au profit de l'urgence qu'elle aura déclenchée. JUILLET 2017 Le gouvernement fédéral évoque le changement de priorité et déclare qu'il n'y a pas le feu, pour ce projet de caserne de pompiers à Port-au-Prince. Comment Regis Labeaume a-t-il pu se brûler, à ce point, dans ce projet? Qui a tort? Qui a raison? Je ne mettrai pas ma main au feu pour défendre l’État haïtien mais je ne crois pas qu'il soit le seul à devoir brûler en enfer pour l’échec du projet. Qui était en charge du suivi, tant du côté haïtien que du côté canadien, pour ce projet? Pourquoi deux ans pour trouver moins de 3 millions de dollars, pour financer un projet s'inscrivant dans la logique de la reconstruction et de l'urgence et qui a l'aval de personnalités canadiennes connues? Pourquoi Martelly qui est un chef d’État s'est autant impliqué dans un projet qui concerne, finalement, la mairie de Port-au-Prince? Nous savons qu'à partir de 2015, le torchon brûlait entre le pouvoir et l'opposition. Caducité du Parlement, difficulté à mettre sur pied un Conseil électoral, manifestations en continu, tentatives de contrôler l'appareil électoral, nos chimères habituelles , notre instabilité chronique. Tout cela a un prix. Que de projets mort-nés! Que d'initiatives inachevées! Tout cela semble autoriser les Regis Labeaume de ce monde, ses apprentis missionnaires, à nous donner des leçons et à nous diagnostiquer, selon leurs impulsions et en fonction de leur frustration. Tout d'un coup, arrivés en Haïti et rencontrant nos chefs qui les flattent dans le sens du poil, ils se sentent tout puissants et omniscients... Là où chez eux ils demandent expertise et contre-expertise, en une visite de quelques heures, ils font la nomenclature de nos besoins et en 15 minutes de diagnostic et de prescriptions... Merci docteur Labeaume pour le tourisme, vous avez dit des Resorts partout, n'est-ce pas? Ce que l'expert autoproclamé Labeaume ne sait pas, c'est que ce concept de Resort, tout inclus, expérimenté à outrance par nos voisins cubains et dominicains, est un concept désuet de développement touristique puisque 20 à 30 centimes seulement sur chaque dollar revient au pays hôte, les transporteurs empochent 40% de la cagnotte. C'est mieux que rien, mais ce n'est pas un modèle de développement pour sortir de la misère. Regis Labeaume a certes ses mérites pour avoir été réélu démocratiquement durant plusieurs mandats. Il est néanmoins loin de ce génie sans faille qui ne fait pas d'erreur. Demandez aux citoyens du Québec et ils vous raconteront qu'il eut à s'excuser auprès des contribuables pour avoir embauché pour la rondelette somme de 250 000 dollars un consultant marketing incompétent pour relever l'image de la ville de Québec. Tiens, il y a cette histoire fumante d'un camion de pompier ayant coûté 1,5 million de dollars qui est resté près d'un an sans être utilisé, parce qu'aucun pompier ne pouvait le manœuvrer, faute de formations adéquates. À l'attention du maire Labeaume, et des chefs haïtiens, je reprends une partie de l'introduction de la page d'accueil de l'ambassade canadienne en Haïti qui traite de coopération: "L’intérêt que le Canada porte à Haïti s'inscrit dans le cadre d'une amitié sincère, totalement désintéressée. Elle s'alimente dans le respect de l'autre, sans condescendance malvenue, dépouillée d'ambitions hégémoniques, ou autres."

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