Quels loisirs pour les jeunes haitiens ?

REGARDS

Publié le 2017-07-19 | Le Nouvelliste

National -

Haïti est un pays de jeunes. Mais c'est une majorité mal servie. Pourtant, les vœux pieux et les bonnes intentions à l’égard de cette jeunesse ne manquent pas. Nous ne savons pas trop comment aborder cette jeunesse. L'organisme étatique chargé de s'en occuper n'existe que depuis 79 ans, notre pays a été créé depuis 213 ans. Selon un éditorial de Frantz Duval, en date du 12 Août 2016, " Et le Ministère tua le Sport ", l’éditorialiste releva qu' "en 1938 fut inauguré le Bureau central de l’Éducation physique". Depuis son existence, cette institution changea de noms, à 7 reprises. Cela traduirait-il notre maladresse à répondre aux besoins de la majorité de la population, les Jeunes ( les 35 ans et moins; 61% de la population)? "Investir dans les jeunes, c'est préparer l'avenir", clamait le Ministre de l’Éducation, M. Nesmy Manigat, lors d'une énième journée de réflexion sur la jeunesse haïtienne, c’était à l'occasion de la Journée Mondiale de la population, le 11 Juillet 2014. Qu'offre-t-on à nos jeunes, autres que les paroles et les promesses? J'aurais pu répondre:" presque rien" et terminer l'article. En enlevant le budget de fonctionnement, il resterait 3 millions de gourdes, comme fonds d'investissement pour les activités de sports loisirs et d’éducation civique selon ce que m'a rapporté le Directeur des services à la Jeunesse du ministère, M. Olivier. Avec moins d'une gourde en moyenne, par jeune; nous comprenons que la Jeunesse n'est pas dans la ligne prioritaire du gouvernement, durant cette fin d'exercice fiscale. Est ce que l'offre de services réservée aux jeunes a déjà été meilleur? La tache de s'occuper du temps libre des jeunes revient au Ministère de la Jeunesse des sports et de l'action civique (MJSAC), tandis que l'instruction, l’éducation et la formation est la responsabilité du Ministère de l’éducation. Lors de ma rencontre avec des directeurs de services au Ministère, deux constats frappants: -La volonté manifeste de mettre en branle les nombreux projets oubliés sur les tablettes -L'absence de cohérence entre les différents programmes actuellement offerts, dans un cadre global de politique nationale en faveur de la Jeunesse haïtienne. Une pléiade de petits projets à impacts limités. Le week-end de la Jeunesse, par exemple, une activité visant les jeunes des quartiers défavorisés. Les dix départements sont visés et c'est à Cité Soleil que le Premier Ministre inaugura la première édition, en 2015. L'objectif principal, pendant 10 semaines, créer des activités pouvant aider les jeunes à développer leurs potentialités. Cette version inaugurale a touché 400 jeunes. Le programme de Certification, en 60 heures, de jeunes moniteurs et animateurs sportifs, dans le cadre du projet "Contrat d'avenir" mise en place par le MJSAC. Ces diplômés seront, par la suite, engagés comme moniteurs sportifs dans les écoles. Les écoles publiques en seront les bénéficiaires. En 2013, il y eut 600 jeunes formés dans le département de l'Ouest, et 164 dans le Nord et le Nord-Est, c’était, en 2013, sous la gouvernance de Magalie Racine, depuis...Rien! Des Camps d’été sont offerts dans les chefs lieux départementaux. le nombre d’enfants et d'adolescents accueillis dépassent rarement les 300. Ces camps sont surtout orientées vers des activités à caractère sportif. De nombreux projets a portée limitée et sans suite ont lieu, par le truchement du Ministère. Des gouttes d'eau dans l’océan, pour paraphraser, le directeur Olivier. Il attribue cela au budget limité et au manque de continuité d'un ministre à un autre. En effet, plusieurs services offerts, le sont grâce au support financier d'ONG internationaux. C'est grâce à la coopération de la Conférence des Ministres de la Jeunesse et aux Sports de la Francophonie (CONFEJES) et dans une moindre mesure, d'autres partenaires, comme l'OIF et l'UNESCO, que le ministère arrive à offrir aux jeunes (potentiellement 7 millions âgés de moins de 15 ans) des activités sportives et socioculturelles. La CONFEJES représente le plus important bailleur, sa mission est de mobiliser les ressources pour faire la promotion, de la participation et de l'insertion des jeunes au sein de la société.Il s'agit, vous l'avez compris, d'un organisme d'appui, avec un mandat restreint. Un pays qui s'appuie trop sur une telle bouée de sauvetage n'est pas sur d'atteindre la rive. Depuis 2010, en moins de 7 années, 6 ministres ont occupé le fauteuil du Ministère de la jeunesse des sports et de l’éducation civique. Cette instabilité laisse perplexe. Interrogeons-nous sur l'importance accordée a ce ministère par l’état qui le gère et la société qui ne réagit pas. Un programme a long terme, un des rares en Octobre 2009, par Lescouflair, l’École nationale des talents sportifs qui devait assurer la formation et le développement des potentiels des jeunes athlètes, en les assistant académiquement et sportivement pour leur permettre de représenter le pays au niveau du sport d’élite..."10 ans de préparation pour une génération de champion" le slogan fut prometteur. Une centaines de jeunes ont bénéficié d'une prise en charge, avec ce programme embryonnaire, le Ministre de l’époque visait une participation honorable en 2018, aux jeux olympiques et en 2020 au championnat du monde de football de la FIFA. Rêve inachevé, lorsqu'un autre Ministre, Himler Rebu mit fin abruptement, le programme, pour restructuration. Il fut limogé à son tour, avant de pouvoir compléter sa réforme structurelle. Certains bénéficiaires de ce programme auront eu la chance d’être recrute par certains clubs de football d'Europe et d’Amérique du Nord et y évoluent encore. L'offre du Ministère est incomplète et faible, elle est dirigée vers les catégories défavorisées de la société mais tarde a créer la masse critique nécessaire pour être significatif et apporter des changements réels. De plus, aucune activité ne vise un brassage social dont les occasions sont de plus en plus rares dans notre société, ce qui réduit les liens et le réseautage, entre jeunes de différentes catégories sociales. Souhaitons une prise en charge réelle de la jeunesse par un Ministère qui cessera d’être la monnaie d’échange pour satisfaire les parlementaires qui auraient voté du bon bord.

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