Injustices, mystifications et sot orgueil petit-bourgeois

Blocs notes

Publié le 2017-05-16 | Le Nouvelliste

National -

Les temps sont durs et semblent devoir devenir encore plus durs pour les personnes et les catégories victimes de domination, d’exclusion et d’exploitation. On croirait la chose impossible tant ils le sont déjà, mais l’esclavage, la colonisation, les crimes contre l’humanité pour des raisons de pouvoir nous ont enseigné que lorsqu’il s’agit d’intérêts sociaux tout est possible. – Faut-t-il prendre à la légère des actions et orientations qui peuvent avoir valeur de signe : l’inféodation à l’exécutif d’un organisme de contrôle par le processus de nomination de ses membres ; une précipitation dans l’adoption de conditions pour la création d’emplois au détriment de certains acquis en matière de droit du travail ; certaines orientations des dépenses publiques vers des actions non structurantes ; l’obscurantisme et la partisannerie qui, seuls, semblent justifier certaines nominations ? On peut choisir d’y voir des signes. On peut voir aussi que pas un jour sans que quelqu’un ne trouve matière à revendication. Grèves, pierres… ce pays n’est pas en paix avec lui-même et ne saurait l’être considérant la violence des rapport sociaux, des écarts entre les conditions d’existence des uns et des autres. Dans cette situation de violence sociale, de conflit quasi permanent, s’élèvent des voix se voulant porteuses des discours revendicatifs. Parmi ces voix et les structures qui les abritent, des fidélités à une ligne. On peut ne pas partager le radicalisme de Batay Ouvriye, mais on ne peut pas dire qu’ils ne sont pas fidèles à leur projet de défense des droits des travailleurs. Nombreux les exemples. Nombreux aussi les cas de mystification et d’usurpation. On l’a vu, on le voit encore dans les mouvements revendicatifs dans le milieu estudiantin. Personne ne croit dans le fond que c’est au nom de la défense des intérêts collectifs des étudiants, voire des classes défavorisées et d'une production et d'une distribution plus juste du savoir que tel déboulonne les pneus du véhicule d’un professeur, mettant en danger sa vie, ou que tel appelle à l’autodafé de tel autre professeur. Personne ne le croit dans le fond, mais peu de personnes osent le dire. Ce ne sont pas seulement les étudiants, c’est quasiment dans tous les domaines qu’on semble avoir abandonné les discours revendicatifs à des aventuriers qui les caricaturent. Il y a une exigence à formuler : en quoi, concrètement, ce que vous proposez et ce que vous faites servent les intérêts collectifs que vous prétendez défendre et entrent dans un processus de transformation en faveur de l’intérêt général. C’est le prix à payer par ceux qui se donnent, comme leaders, d’être soumis à cette question et d’y répondre respectueusement, sans grogne ni arrogance. Oui. sans arrogance ni « sot orgueil petit-bourgeois ». Dans les pratiques collectives, il n’y a pas de place pour le « laïsme » (si m pa ladan li pa bon), ni pour le quant-à-moi (je suis meilleur qu’un tel). Dans tous les domaines, c’est la petite place que l’Histoire fait à nos apports, ce sont nos pratiques qui mesurent notre passage. En ces temps durs, dans tous les domaines, nous avons besoin d’engagements honnêtes et humbles. Les causes justes, les exclus, les dominés en ont besoin. Ce qu’un abbé disait de Dieu dans des circonstances tragiques est valable pour le peuple, le citoyen, le lecteur : la capacité de reconnaître les siens.

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