58e Lumière : On aurait pu faire mieux

POSTER 2017-04-03
« Wa p koute chante lakay », il me suffisait à une époque d’entendre ce jingle pour savoir qu’il était 3h. Grâce à mon arrière-grand-mère, je connaissais par cœur la programmation de la radio. « Bon tas kafe cho, La prière du midi, Une voix dans la nuit, Rankont matinal », ces émissions constituaient le repère des chrétiens. J’attendais donc avec plaisir le concert prévu pour le 58e anniversaire de la radio, d’autant plus que l’affiche s’annonçait intéressante. Le nombre de personnes ayant fait le déplacement prouve que je n’étais pas la seule à faire ce constat. Moment d’adoration, vente-signature d’albums des chorales et artistes présents, notamment celui de Lynda Joseph, embrassades de part et d’autre, on sent l’atmosphère de la fête. Puis les animateurs prennent place, les gens applaudissent, chose rare, mais quand on voit Serginho Lindor, on comprend pourquoi. Tous les auditeurs fidèles de la radio le connaissent et sont visiblement ravis de le voir et de l’entendre. On procède rapidement à la prière et place à la musique. Christian Gospel a eu la charge d’ouvrir les festivités. Tâche pas du tout aisée lorsque vous commencez à chanter et que le public vous demande de recommencer parce qu’il n’a rien entendu, et le pire, l’ingénieur semblait impuissant. Après des minutes et des feed-back qui paraissaient vouloir s’éterniser, le son s’est amélioré et on a pu profiter de la chorale. Elle nous a fait adorer, elle a également fait danser. En dépit des difficultés du début de sa prestation, Christian Gospel s’en est fort bien sortie. Il faut saluer aussi la capacité de persuasion du maestro Marco. Même les plus hostiles se sont laissé prendre au jeu du maestro animateur-prédicateur. Puisqu’il faut louer avec des tambourins et des danses, B-Dance s'est chargée d’apporter cette touche. Comme d’habitude, les jeunes filles étaient extraordinaires. Elles ont quitté la scène sous les applaudissements du public. Anastasia Muse était la voix à découvrir dans le line-up. Il y a du talent sans conteste mais aussi beaucoup de travail à faire. Un beau timbre certes, mais elle le gère mal en prenant les aigus. Le deuxième morceau a fait meilleur effet. Anastasia a pris le temps de communiquer avec le public, ce qui n'a pas été le cas lors du premier chant. Après Anastasia, l’un des animateurs - il y en avait trois- annonce en grande pompe Jimla Gospel. La chorale fait mouche avec « Bon anniversaire », puis de nouveaux problèmes de sonorisation se présentent. Le maestro fait ce qu’il peut pour sauver la prestation. Il y serait arrivé si le son n’avait pas recommencé à faire des siennes. Jimla fait tout pour retrouver le public mais n’y arrive pas. Serginho Lindor a cru bon de rappeler que c’est l’une des meilleures chorales en guise d’excuse. « Il est 7h, donc on peut finir le concert », dit Georges Maurice à Serginho. « Non, crie le public, on veut Jean-René Charles. Et oui, c’était le grand invité de la soirée, un nom que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. C’était d’ailleurs l’un des rares concerts évangéliques à drainer autant de cheveux blancs, Jean-René Charles en était la cause. Le maestro a traversé la cour pour rejoindre la scène accompagné de ses choristes et même de quelques gardes. Il reprend quelques-uns de ses tubes pour le bonheur de ses fans puis laisse la place à CAD et à Lynda Joseph. Il reviendra cependant à la fin de la soirée. CAD a tenu son rang en signant une belle performance. Les animateurs ont dû, avant sa prestation, intervenir afin que le problème de sonorisation soit enfin résolu. Lynda Joseph, qui était très attendue, a succédé à CAD. Lynda a encore montré toute l’étendue de son talent. Avec sa grande tessiture vocale, elle sort des notes époustouflantes qui vous obligent à l’applaudir à tout rompre. Lorsqu’elle chante « Rete nan mitan », nou anvi mande l rete vre nan mitan nou toujou... mais il fallait clôturer le concert, et c’était au maestro Jean-René Charles de le faire. La phrase de la soirée : « Lè m ap chante minis jistis la magouyè, se pa minis kounya non, se bagay lontan, kounya se bon moun nou genyen », dixit Jean-René Charles. Excuse ou plaisanterie ? Personne ne sait. Quoi qu’il en soit, pour une activité de cette envergure, il aurait fallu éviter certaines bavures. Les chorales et artistes ont fait de leur mieux mais ce problème de sonorisation qui revenait quasiment dans toutes les prestations a enlevé à la magie de la fête. On aurait vraiment pu faire mieux.

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