« En réduisant ainsi le financement de la santé, on se profile vers le chaos »

Publié le 2017-03-17 | Le Nouvelliste

National -

Pour avoir passé plus de trois ans en Haïti, pour avoir connu les innombrables défis auxquels fait face notre système sanitaire, l’ex-représentant de l’OPS/OMS en Haïti, Jean-Luc Poncelet, peu avant de quitter le pays, exhorte le président de la République, Jovenel Moïse, à faire du secteur de la santé un élément prioritaire au cours de son quinquennat au bénéfice d’une population qui, littéralement, n’a pas accès aux soins de santé. En réduisant d’année en année le financement de la santé, on se profile vers le chaos. Le financement des bailleurs de fonds internationaux, d’année en année, chute. Parallèlement, et sans se préoccuper de cet état de fait, l’État haïtien consacre une part très faible de ses ressources à ce secteur. Dans le budget de 2016-2017, seulement 4,5% est alloué à la santé, et 70% de cette collaboration est affecté aux frais de fonctionnement, ce qui comprime les budgets de fournitures cruciales comme les vaccins et les médicaments. « Il n’est pas possible que le gouvernement puisse diriger une politique de santé avec 4% du budget général. Jamais il ne pourra influencer cette politique. C’est véritablement beaucoup trop faible », a estimé Jean Luc Poncelet. De 2013 à 2017, les dépenses nationales de santé sont passés de 29 milliards de gourdes à 5, 5 milliards de gourdes (3,9 milliards pour le fonctionnement et 1,5 pour les investissements). Haïti est le pays de la région qui dépense le moins d’argent en santé pour sa population. Selon les recommandations de l’OMS, cela devrait être de l’ordre de 16% pour les pays à faible revenu. « La diminution des financements et la réduction des dépenses gouvernementales ont de réelles conséquences sur l’accès aux soins de la population », a expliqué Jean-Luc Poncelet, qui par ailleurs exprime son regret de constater que l’international diminue sérieusement sa contribution. « On est très préoccupé de voir que le financement international diminue. Mon message : il faut que le président de la République s'assure que la santé soit un élément prioritaire. Aujourd’hui, il y a très peu de financement national qui va à la santé. Je pense qu’il est extrêmement important que l’administration qui sera mise en place dédie une partie plus importante du budget national à la santé de manière à récupérer la gouvernance du secteur », a déclaré le Dr Poncelet lors d’un entretien exclusif. Pour récupérer la gouvernance de la santé, comme un impératif, selon le Dr Poncelet, l’État doit pouvoir canaliser le financement des bailleurs. Il s’explique : « Le financement de la santé en Haïti est très fractionnel. Qui dit fractionnel dit probabilité de duplication. Il est extrêmement important qu’on soit beaucoup plus rigoureux pour que le financement de la santé rentre dans une ligne unique dirigée par le gouvernement de manière à éviter cette duplication qui, malheureusement, est très prononcée dans le pays. » Jean-Luc Poncelet précise que le financement des bailleurs n’est pas toujours orienté vers les canaux établis. Les bailleurs font leurs investissements en dehors de la structure du ministère de la Santé publique et de la Population. « C’est un élément que l’administration Moïse doit corriger », a-t-il affirmé. Si en matière de mortalité infantile, en matière de vaccination, Haïti a fait un bond ces dernières années, Jean-Luc Poncelet croit qu’il reste beaucoup à faire, car le pays a un système de santé très fragilisé. Au cours de ces dernières années, le système sanitaire a été paralysé à plusieurs reprises par des mouvements de protestation du personnel de santé sur fond de revendication salariale et de meilleures conditions de travail. Les hôpitaux publics font face à des problèmes de disponibilité de matériels et d’intrants. Les autorités doivent mesurer l’urgence de l’heure.

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