D\'ici et d\'aujourd\'hui

Un minimum de respect pour nos artistes

Publié le 2004-12-27 | Le Nouvelliste

Culture -

A la foire binationale qui s\'est déroulée sur le site de Fonds Parisien, la troupe de danse de la Secrétairerie d\'Etat à la Jeunesse et des Sports avait présenté une chorégraphie dans des conditions éprouvantes. En guise d\'estrade, les concepteurs du spectacle ont préféré la terre battue. Nous ne pouvons avoir rien contre une telle idée pourvu qu\'elle donne un cachet original à la représentation. La terre poudreuse était remplie de cailloux. Chaque pas exécutés par les danseuses soulevait la poussière. Elles n\'étaient pas libres dans leur mouvement ; quelquefois leurs pieds buttaient contre une pierre. Je me demande s\'il n\'y a pas eu quelques entorses ou déchirure dans la plante des pieds. Le même scénario a eu lieu le jeudi 23 décembre à l\'occasion de la réouverture officielle du Centre d\'Accueil et de Rééducation de Carrefour. Les propos d\'un spectateur m\'ont touché. Il a dit : « timoun sa yo pa gen paran ? Gad kote y ap fè timoun yo danse ? ». En Haïti, nous souffrons d\'une maladie que les experts appellent « Excusite ». L\'ouvrage ne sera jamais fin prêt parce que celui qui a la responsabilité d\'effectuer le travail n\'aura pas reçu l\'argent nécessaire à temps pour le réaliser. Et celui qui devrait coordonner le projet a été retenu par une autre activité. Brusna Daphnis, le concepteur des chorégraphies de la troupe de danse, que nous avons rencontré s\'en est plaint à notre micro : « Ces conditions reflètent l\'image de notre pays. La manière dont on considère les artistes chez nous. En même temps, ces difficultés traduisent notre force. Si on nous avait placé dans de bonnes conditions, on aurait donné mieux ». Mais que voulez-vous, « se Ayisyen nou ye. Jan l pase l pase ». Nous avons tendance à reléguer l\'art au rang de futiles fantaisies. Mais l\'art est la fine fleur de la sensibilité humaine. L\'artiste est l\'expression de cette vive sensibilité dont Haïti a tant besoin pour voir et pénétrer nos réalités. Un minimum de respect pour nos artistes.

Claude Bernard Sérant serantclaudebernard@yahoo.fr Auteur
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