A propos de la foire écotouristique de production et d\'échanges binationaux de l\'île Hispaniola

Publié le 2004-12-27 | Le Nouvelliste

Culture -

La 1ère foire écotouristique binationale a eu lieu du 22 septembre au 5 décembre 2004 à Fonds Parisien et a accueilli des représentants des diverses régions d\'Haïti et de la République Dominicaine. Ces participants d\'une riche diversité ont su orienter leurs regards sur la richesse des deux pays aux niveaux culinaire, artisanal, artistique ainsi que sur des enjeux nationaux concernant la tolérance, la compréhension des problématiques majeures sur les relations internationales, l\'écologie, les religions, la croissance économique, l\'intégration, etc. En fait, cette foire a conquis une dimension multiple qui ne se circonscrit ni à l\'écotourisme ni à des relations bilatérales entre deux nations se partageant une même île. Le succès réside à la fois dans l\'impossible indifférence inspirée, ainsi que dans la controverse qu\'elle provoque, surtout lorsque sa réalisation comporte des éléments de réussite autant que des faiblesses organisationnelles. Mon propos s\'arrête à mon expérience personnelle et à ma perception de jeune ayant eu la chance d\'observer la matérialisation de ce projet, de sa conception à son terme. Les fondements de cette foire ont été solidement articulés et conceptualisés, néanmoins les failles au point de vue organisationnel, ont beaucoup diminué l\'impact de cette festivité. La richesse demeure beaucoup plus dans le potentiel que cette réalisation a souligné; dans ce sens, la réussite se situe plus au niveau conceptuel, et pour reprendre les opinions de quelques individus, nous n\'étions pas prêts car la concrétisation du projet n\'a pas tenu les promesses du concept pour lequel les énergies ont été déployées. La principale lacune se trouve à la fois dans le choix du site que dans sa gestion, d\'autant plus que l\'abondante poussière et la qualité du lieu étaient plus manipulables que l\'effet d\'un soleil désertique en pleine mi-journée. Etant donné que cette activité touchait aussi la valorisation de l\'écologie, la gestion des déchets solides notamment en plastique aurait pu être améliorée. Les déchets en plastique auraient pu tout simplement être interdits. Le sens de cohésion et d\'organisation qui est souvent absent lors des réalisations de projet nous a encore fait défaut dans la planification et le respect des horaires notamment. Soit nous manquons de confiance en notre capacité à réaliser correctement des grands projets ; soit nous en avons trop, ce qui nous éloigne de la quête d\'idéal, de l\'excellence, toutefois, j\'espère qu\'après la foire des Dominicains l\'année prochaine nous saurons comparer, apprécier, repenser et tendre vers le succès à tous les niveaux de notre foire écotouristique de production et d\'échange binational. Néanmoins, comme l\'objectivité est une qualité indispensable au recul permettant de se positionner consciencieusement de manière à apprendre de nos expériences et améliorer les réalisations futures, il est important de tenir compte de nos points forts. Haïti déborde de talents, ceci a longtemps cessé de surprendre quiconque est en contact direct ou indirect avec nos citoyens, notre pays. La foire biculturelle a été une occasion de faire découvrir la vibration artistique de certains jeunes étudiants de l\'ENARTS (Arts Plastiques en particulier), ainsi que celle de nombreux artistes des provinces. Cette foire a aussi permis de connaître ou de redécouvrir les produits du terroir haïtien et de ses différentes régions de même que les atouts artistiques et culinaires des Dominicains. Elle a surtout remis en interaction des voisins devenus du coup plus humains, plus accessibles et moins méfiants, créant une dynamique sociale saine, diminuant les clivages sociaux, développant une vie nocturne et rehaussant les qualités du mini-village. Je l\'ai expérimenté surtout en charmant voyage dans les deux pays accessibles sur un espace singulier, limité, aménagé à cette fin. Une initiative de goût et de qualité, un projet à développer à long terme. Il ne faut surtout pas mettre de côté l\'aspect de la bombance « banbòch »[victuailles, musique, danses, cuisine, parures] que les groupes musicaux ont pu animer avec succès. Cette foire a été un moyen de prendre en compte certains problèmes communs aux deux pays ou propres à chacun d\'eux, grâce à des tables rondes organisées et où le public était invité à intervenir. Cet ensemble d\'échanges de points de vue nouveaux a facilité l\'ouverture, l\'information et l\'éducation du public sur des sujets concernant l\'économie, la mondialisation, la pollution, etc. Beaucoup d\'experts étaient disponibles dans ces colloques à titre individuel ou sous la bannière d\'institutions impliquées. Je n\'aurais jamais pensé fixer cette expérience si je n\'avais rencontré au cours de cette aventure des esprits aussi fascinants. La désolation de la vie quotidienne à Port-au-Prince s\'affiche avec une profonde déshumanisation, et dans la disparition du civisme, et du sens du service au sein de notre société. Parmi ces gens, certains m\'ont recommandé de partager, avec le public, mon approche personnelle découlant de ma perspective et de mon vécu qui forment un humble point de vue d\'un individu parmi des milliers. D\'autres m\'ont tout simplement inspiré par leurs réflexions, leur comportement, leurs analyses. Toutefois, cet ensemble de sensibilités et d\'énergies libérées que j\'ai captées m\'a poussée à l\'écriture. Peut-être est-ce la volonté d\'immortaliser un moment de bien-être collectif si rare de nos jours ou une tentative d\'idéaliser la patrie, rallongeant cet instant de saveur partagée où on retrouve une Haïti vivante et productrice trop souvent annihilée, anesthésiée par la torpeur de l\'insécurité? La seule réalité dont je suis certaine, est qu\'en dépit de ses lacunes, cette foire a laissé transpirer une certaine sincérité, une certaine spontanéité aux points de vue humain, social et créatif.

Naïké LEDAN Auteur
Ses derniers articles

Réagir à cet article