L\'appel au dépassement

Publié le 2004-12-23 | Le Nouvelliste

Culture -

Le professeur Manigat rappelle sur Radio Galaxie le lundi 25 octobre: «Gouverner, c\'est prévoir. Il fallait prévoir les problèmes par une politique...». Plus loin, allusion à la tolérance dont a fait montre le gouvernement à l\'égard du régime déchu. Tolérance dommageable aujourd\'hui puisque les partisans troublent le déroulement de la vie nationale depuis le 30 septembre par des actions incontrôlées. Valéry Numa, Radio Vision 2000 le même jour, au Premier ministre Gérard Latortue: Pourquoi les travaux tels que prévus dans le CCI n\'ont pas débuté en septembre? Réponse: les lenteurs sont dues à la communauté internationale, et tout autant à nous autres. Et depuis la nuit du 29 au 30 septembre les actions de destabilisation ont commencé. Question: Mais ne pouvait-on pas prévoir la capacité de nuisance d\'Aristide? A bien comprendre, gouverner de ce côté-ci suppose la dotation d\'une force herculéenne, genre Superman, genre Schawarzenegger, capable de pulvériser tout sur son passage. Les obstacles sont à renverser, les difficultés à surmonter. Au bout du compte, l\'efficacité, les résultats. Cette mentalité, faut-il remonter à l\'esprit qu\'imprima le bâtisseur Henri Christophe pour situer son départ? Je ne sais pas. L\'Haïtien n\'a pas rendez-vous avec l\'échec, d\'ailleurs de ses échecs il en parle rarement. La victoire doit coûte que coûte couronner ses initiatives. En outre, le temps compte. Il n\'a pas la patience pour voir la fabrication d\'oeuvres fortes, l\'érection de réalisations probantes. Il veut tout, tout de suite. L\'hésitation, il la bannit. La temporisation, il la rejette. L\'important c\'est l\'état d\'esprit bulldozer ou char d\'assaut. Avancer à tout prix. Renverser tout sur son passage. Sauf que plus se fait l\'avancement, plus s\'installe le piétinement. Pourquoi? Parce qu\'ici on ne tient pas assez compte des contraintes, des limites, des bornes. Voilà un gouvernement qui trouve une succession obérée, les besoins en services publics sont difficilement satisfaits: le courant de ville n\'est distribué que deux heures sur vingt-quatre. Le gouvernement a dû investir un temps fou rien que pour expliquer le déploiement de ses effort pour la fourniture de dix à douze heures d\'électricité. Même le ramasage des immondices lui est tombé sur le paletot. Il y a avait eu les pillages de nombre d\'établissements du secteur commercial, puis les incendies à la rue des Fronts-Forts ayant affecté les petits marchands. Tout cela a mobilisé des énergies. Et a épuisé. Sept mois plus tard, l\'on se plaint que les grands problèmes n\'ont pas été abordés, effleurés. L\'impression est qu\'il faut tout faire en même temps. Tout embrasser. Tout résoudre, Même quand les moyens sont quasi-inexistants. J\'ai envie de tirer mon chapeau. Pour la constance de notre exigence. Décidément, nous sommes des gens \"impossibles\". C\'est vrai que le gouvernement n\'a rien fait pour baisser (ou faire baisser) le coût de la vie. Réduire le poids de la fiscalité: éliminer la combinaison des impôts rien que pour acquitter une seule redevance (ce qu\'autrement j\'appelle le croisement des obligations fiscales), éliminer la généralisation de la TCA (taxe sur le chiffre d\'affaires) dont le poids est supporté par les plus vulnérables. C\'est vrai que les services révèlent l\'éclat de la corruption. Que l\'informel se plaint du quintulpe publique et tout autant dans la sphère privée. Mais comment pouvait-on croire que le gouvernement provisoire pouvait évacuer tous les problèmes dans les limites de son mandat qui est principalement l\'organisation des élections? Je plains déjà le gouvernement qui sera issu des prochaines élections. Peut-être qu\'il lui sera demandé de résoudre en cinq ans ce qu\'en cinquante ans ses devanciers n\'avaient pas su évacuer. Eriger très vite sur les décombres une meilleure façon de vivre. Ma foi, il faudra bien que les impatients se rallient à l\'idée que les petits pas finissent par compenser le bond de géant!

Jean-Claude Boyer Lundi 25 octobre 2004 Auteur
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