Dessin

La photographie de l\'âme et du corps

Galerie Rivoli, Pétion-Ville, 9, 10, 11 décembre 2004. Emotion, sensualité, corps, âme, érotisme fugace étaient au rendez-vous de ce vernissage des dernières oeuvres de Thierry Barthole et Réginald Nazaire. Un coup de maître (s). Deux artistes qui ont su rendre, de la pointe de leur crayon, fusain, pastel, le galbe, toutes les sinuosités du corps de la femme haïtienne. C\'est eux qui avaient exécuté les portraits de nos héros sur les nouveaux billets de banque, sans oublier Richard Barbot.

Publié le 2004-12-23 | Le Nouvelliste

Culture -

Arrivé à la Galerie Rivoli, une foule de gens, verre à la main, le sourcil froncé. Ils regardaient les récentes oeuvres de Thierry Barthole, né le 24 mai 1967 aux Gonaïves, et de Réginald Nazaire, né à Port-au-Prince le 22 août 1977, disposées sur des chevalets ça et là, vaguement dans la salle. Les dessins se mêlent au décor : les verreries, les bijoux, les parfums. De la photographie Les dessins de ces deux artistes étonnent, laissent le spectateur baba par la netteté, la force des courbes, des tracés. Le jeu de l\'ombre et de la lumière qui enveloppent les attributs physiques de la forme féminine. Une caresse pour les prunelles et les yeux. C\'est de la photographie, estime plus d\'un. Relief de souvenir d\'une femme vue et revue, une inconnue, une passante. La rencontre, le face-à-face d\'une chaîne de visages, de déjà vues. Toutes vivent, dansent sous le crayon de ces deux portraitistes hors pair pour qui, le dessin est un moyen de se remémorer, de vivre avec toujours un surplus d\'oxygène le présent et le futur, l\'avant et l\'après, l\'ici et l\'ailleurs. Histoire aussi de ne pas oublier la caresse des mains graciles ou celle des yeux d\'une femme croisée au hasard d\'un jour ou d\'une nuit. Une dextérité sans bornes Ils font montre d\'une dextérité à nulle autre pareille. Sans bornes. On retrouve plusieurs composantes dans les oeuvres de ces deux artistes terribles : la femme, la magie, sa magie d\'être belle, le mouvement et j\'en passe. Un mouvement d\'éternité et d\'évasion : une femme, la tête et la pointe des seins tendues vers le ciel et l\'espace. Temps d\'euphorie, de paresse salace et méritée, de contemplation de la majesté de la vie, et de soi. Espace infini de jouissance au plus profond du terme. Thierry Barthole et Réginald Nazaire dessinent et la fois l\'âme et le corps de la femme. Pour eux, il suffit de savoir voyager dans sa tête pour pouvoir faire surgir de telles images, de tels personnages sur un bout de carton. « Parfois on fait venir des volontaires [...] des petites copines », m\'ont-ils déclaré au cours d\'une petite visite dans leur atelier quelques jours avant l\'exposition. Un style propre Chez Thierry Barthole et Réginald, les contrastes tant au niveau des taches d\'ombre, de la posture des gens et de leurs sentiments font bon ménage. Un curieux mélange de crayon et de fusain qui cristallise une forme humaine, un mouvement. Ces derniers dessinent l\'intelligencce du corps. Sa beauté troublante. L\'innocence, la tendresse, l\'opium et même la mélancolie, étudiant tout dans les moindres détails et tout en inventant un style propre. ENCADRE Thierry Barthole Né le 24 mai 1967 aux Gonaïves, Thierry Barthole y a fait toutes ses études primaire et secondaire. Arrivé en 1990 à Port-au-Prince, il suit des cours à l\'Ecole Nationale des Arts (ENARTS) pendant quatre ans, puis au GOC pour étudier l\'architecture qu\'il a du abandonner après sa deuxième année. Il a décroché, par ailleurs, un diplôme en Ebénisterie de l\'Ecole professionnelle de la Sainte-Trinité. Expositions collective et individuelle 1997- Baird Community Center (NJ) 2001- Georges Baudereau Galery 2002- Galeri Rivoli/DGI 2003- Gassa Campo (Santo Domingo) 2003- Galerie Motsart (Canada) Réginald Nazaire Né le 22 août 1077 à Port-au-Prince, Réginald Nazaire y a fait toutes ses études primaire et secondaire. Autodidacte, il a été formé en atelier par Richard Barbot, parallèlement à son ami Thierry Barthole. Il a illustré plusieurs livres d\'auteurs haïtiens, a remporté le premier prix à un concours international d\'affiche organisé par le Fond des Nations Unies pour la Population (FNUAP) en 2001. Expositions collective et individuelle 2001- Musée d\'Art Haïtien - Congrès des médecins haïtiens vivant à l\'étranger 2001- Georges Baudereau Galery 2002- Galerie Rivoli/DGI 2003- Gassa Campo (Santo Domingo) 2003- Galerie Motsart (Canada)

Marvin Victor marvinvictor@lenouvelliste.com Auteur
Ses derniers articles

Réagir à cet article