Publication politique

\"Mon peuple en prose\"

Publié le 2004-12-28 | Le Nouvelliste

Culture -

« Mon peuple en prose » est ce qu\'il convient d\'appeler un livre prophétique comme Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, livres de la Bible. Mais, contrairement à ces visionnaires bibliques qui prophétisaient contre Israël, qui annonçaient sa destruction, Jean-Robert Simonise porte un message positif pour le rétablissement de plus en plus proche de son peuple. Sa vision est si vraie que le futur s\'écrit au présent. Quel est ce peuple ? Jean Robert Simonise commence par dire que ce n\'est pas l\'Afrique. Le peuple-personnage auquel s\'adresse cette prophétie est d\'ici. « Avec ses montagnes verdies, ses rivières qui coulent et ses enfants qui fleurissent comme au Nord, comme à l\'Est ». S\'agit-il d\'Haïti ? On douterait si on ne savait pas que « la foi est une ferme assurance des choses qu\'on espère et une démonstration de celles qu\'on ne voit pas » (Hébreux) Le prophète continue et identifie son peuple comme amoureux de la terre, homme de fleur et de guerre, femme de la vaillance et du café grillé, aimant même sa misère par amour pour tout ce qui est, cultivateur, travailleur, producteur, marin, montagnard... Le peuple de Simonise n\'est pas l\'Afrique mais il est indien et nègre. Pour connaître le peuple, il faut suivre ce rituel : Descendre au marché en bas, s\'acheter une chaise « tou-ba », s\'asseoir, prendre une petite rose et regarder celui qui a reçu le don de voir, verra. Sur sa chaise tou-ba, Simonise diagnostique le peuple. Diagnostic Il est fatigué. Il est anorexique. On le traite en maudit, en paria. Il est saoul et titube souvent dans sa trop longue marche vers la vie, vers un autre destin, vers le bonheur. Il a froid dans la chaleur du béton pelé. Il est anémié. Le peuple porte de nombreuses blessures causées par des promesses d\'outre-temps, l\'outrance et la médisance, les rentrées de fête patronale, les pèpès, etc. Les assemblées, les études, les colloques, les recherches, le fèwè, les « american » et les malles pleines de mauvaises pensées lui donnent le tournis. Le peuple a marre des forums, des colloques, des redites, des félicitations proclamées sur le vide des ventres creux et des notes qui ne soignent pas ses maux. Malgré ses signes et symptômes de son mal évident ce peuple espère, il a des désirs. Les désirs du peuple Malade sur son lit d\'hôpital, ce peuple veut vivre. Il est debout du matin au soir espérant envers et contre tout, furieux mais calme. Comme s\'il était amnésique ou comateux, il veut réapprendre à manger les fruits défendus de sa terre et cesser d\'exporter son sang, ses esprits et ses bras. Simonise rentre dans la pensée du peuple. Il fait sienne sa parole et, visionnaire, prophétise. La prophétie Ce peuple est parti pour l\'avenir que d\'aucun ne soupçonne en luttant contre l\'hypocrisie, l\'oppression. Il dira le mot, son dernier, qui inventera son futur. Il va frapper ses pieds sur la terre de Dessalines pour appeler les Nègres au réveil, il appellera les saints, les anges et les morts pour asseoir de nouveau la Liberté sur la terre des aïeux et couvrir de sa voix les ritournelles servies pour endormir les enfants rachitiques, maltraités, malvenus. Il va crier des chants nouveaux qui réveilleront l\'aube, qui assécheront les rosées pour que le soleil commence à changer de parcours. Le peuple va s\'unir, créer une cohorte de sans-voix pour qu\'on regarde Dessalines avec plus d\'aménités, plus de respect. Et le peuple de se dire : « La justice viendra (..) je cesserai mes allées et venus de l\'enfer à l\'enfer ». Conclusion Il va sans dire que l\'auteur est patriote. On le sent vivre une sorte d\'angoisse existentielle devant le mal d\'Haïti. La simplicité des phrases parle de la simplicité de l\'homme pris de prurit intérieur devant son impuissance à changer lui-même les choses. Sa prose a des présentations poétiques malgré la modestie qu\'elle exhale. Les répétitions, les redondances, les hyperbates utilisées lui donnent du rythme. Comme tout voyant, l\'auteur soliloque. Simonise croit pourtant que ce peuple a en lui la substance qu\'il lui faut pour sa régénération. Moi qui n\'ai vécu que des kouri dans ce pays, j\'ai hâte de voir se réaliser ce peuple dont parle Simonise parce que je ne sais pas « lire l\'avenir dans les mains les mares de café et dans la lumière », je n\'ai pas reçu le don de voir j\'espère puisque ce n\'est qu\'une question de temps.

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