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L'Edito |
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Sommes-nous sérieux ?
Haïti: Port-au-Prince bruit de rumeurs. Il y a des manoeuvres en cours. De grandes. Comme un soir de bal, les orchestres révisent leurs partitions, les belles leurs tenues et les cavaliers leurs astuces pour lever le meilleur parti. Le Palais national a beau être détruit, ses restes suscitent les tentations chastes de nombreux prétendants.
Chacun choisit son camp. Change de camp. Observe tous les camps. Comme avant une offensive décisive, chaque général veut bien placer ses troupes, et le simple soldat ne veut pas être à la mauvaise place. Il y va des cinq ans à venir.
Choisir le bon candidat est aussi essentiel que de ne pas se retrouver seul en enfer ou au paradis. On veut y aller en bande, avec ses amis, son équipe. Rêve tout éveillé ou cauchemar, cette affaire est l'un et l'autre. Il faut en vouloir. Y croire. Se muscler la volonté et maximiser son endurance avant de se jeter corps et âme dans la bataille. Le pouvoir est une dévoreuse d'énergie et de moyens.
Les multiples réunions des derniers jours enlèvent le sommeil aux plus aguerris. Donnent le sourire au plus cyniques. Comme au poker, la distribution en aveugle des cartes décide de la partie. Il y en a qui bluffent, feintent, cranent, s'effondrent, se reprennent, se refont, s'enterrent, nagent, surnagent. Il faut savoir se lever de table, le fiel au coin des lèvres, mais sans donner l'impression d'avoir perdu l'élégance des grands joueurs. Tout au moins, ne jamais laisser voir la triste lueur de la défaite qui danse dans votre regard.
D'habitude, les jeux semblent être faits d'avance, les candidats les plus forts connus, les outsiders en embuscade. Cette fois, tout se brouille. Les nouvelles se confondent aux rumeurs. Le vraisemblable s'effrite si vite qu'il est à se demander si la réalité ne nous joue pas des tours. Peut-on aussi facilement défaire une réputation ? En construire une ? Jeter aux oubliettes des certitudes construites au prix fort ? Continuer > |
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Les colosses ont des pieds d'argile. Des talons d'Achille. Des failles secrètes. Rien n'est sûr. Les géants sont en carton-pâte. Comme au théâtre il y a le décor, le trompe-l'oeil, les faux-semblants et le talent des acteurs. Allez savoir quel ingrédient fait le sel du spectacle...
Port-au-Prince est en élections et toute Haïti est en attente. Il y a des conclaves, des conciles, des conciliabules, des conversations, des allées et venues qui installent des candidats dans leur rôle.
Il y a des gestes, des atermoiements, des viretounen, des lasisin qui épuisent les espérances, envoient des signaux contradictoires, brouillent les radars et déstabilisent.
A moins de quatre jours de l'ouverture officielle des dépôts de candidature pour les présidentielles de novembre, est-il sérieux que les principaux partis politiques ne sachent pas qui sera leur candidat ? Est-il sérieux que certains ne sachent même pas s'ils iront aux élections ? Que des plateformes ou regroupements hésitent sur la stratégie à suivre ?
Nous ne sommes pas sérieux.
Bien entendu, il s'avère que le plus grand nombre ira aux élections car ignorer ces dernières serait se suicider. Un marchand de bois et de peinture peut-il détester le carnaval ? Une vendeuse de jouets haïr la Noël ? Nos politiciens adorent les élections quoi qu'ils en disent ou font mine de faire.
Nos politiciens vont se mettre à l'heure électorale, mais à leur rythme, et ce n'est pas sérieux. Cela leur évitera de révéler sur quelles bases on a choisi X et pas Y, de dévoiler leur programme, de publier leur projet de nous amener ici et pas ailleurs.
A chaque fois, ils nous font le même coup.
Osner Févry a annoncé ce mardi au Nouvelliste qu'il ne sera pas candidat mais qu'il a reçu un mandat de son regroupement afin de soutenir un aspirant qui répondra aux attentes de la CONACED. C'est bien.
Michel Martelly a catégoriquement démenti être candidat au poste de président de la République. C'est bien.
Le Premier ministre Jean-Max Bellerive non plus ne se sait pas candidat à la présidence, contrairement à ce qui a été annoncé.
Mirlande Manigat, Charles Henri Baker et Chavannes Jeune ont confirmé leur aspiration à devenir le prochain président de notre pays. C'est bien.
Pour tous les autres, grands et petits, qui hésitent et nous font attendre, ce n'est pas sérieux... sauf s'il faut du temps pour bien faire les choses sérieuses.
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Frantz Duval
duval@lenouvelliste.com |
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