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Se taire est un problème, parler un autre
Haïti: Le président René Préval à qui on reproche souvent son mutisme est, de son plein gré, sorti de son silence hier pour faire des mises en garde solennelles sur les risques d'un nouveau tremblement de terre.
Tout le monde a pris peur, ayant cru entendre de la bouche présidentielle que le prochain séisme est imminent. Certains ont recommencé à dormir à la belle étoile. A se baigner le plus rapidement que possible. A tout faire pour ne pas rester sous un toit.
Tout le monde s'est inquiété de savoir quel oracle, quel rapport secret a changé la donne pour pousser le président à sortir de son silence prudent d'avant le 12 janvier -alors que les plus hauts responsables de l'Etat haïtien savaient, avant cette date, rapport Calais en main et mise en garde de Prépetit dans les oreilles - que nous étions au bord du désastre.
Les propos du président sont tombés comme une sentence. Nous ne serons plus en paix dans cette contrée. Pour ne rien nous ménager, le président Préval n'a donné aucune indication sur où nous devons aller.
Et quand le président a annoncé qu'il n'a plus que deux priorités : reloger les sans-abri dans des camps moins pénibles et préparer le pays au prochain séisme pour nous épargner un nombre de morts aussi élevé que celui actuel la prochaine fois, certains ont compris que l'avenir n'a plus de sens.
Le président n'a plus comme priorité de reconstruire, de bâtir Haïti, de refonder le pays, de préparer la saison cyclonique, de réussir la rentrée des classes. Il se réduit aux sans-abri et aux futures destructions du prochain séisme.
Inquiétant. Déprimant.
Quel signal a reçu le chef de l'Etat de ses bailleurs pour s'être aussi recentré, rapetissé, démobilisé ?
Faut-il que nous ayons peur que les sénateurs votent la loi sur les 18 mois d'état d'urgence ?
Pour que la bataille politique qui s'annonce meure dans l'oeuf ?
Quelles sont les motivations cachées derrière cette invitation à avoir peur ?
Entre-temps, l'Etat va-t-il prendre des mesures pour requinquer l'Ecole nationale de Géologie ? Relancer les filières manquantes de génie ? Mettre en place des bourses pour les disciplines non enseignées ici ? Se donner les moyens pour faire la carte des risques sismiques et préparer les populations qui sont sur la faille septentrionale aux risques ?
Parler ou se taire ? Ce n'est pas le moment de choisir. Il faut surtout agir.
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