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| L'Ing. Reginald Noël expérimente un appareil servant à broyer les grains de jatropha et de palmacristie |
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| Le jatropha, connu en Haïti sous le nom de Gwo metsiyen |
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Haïti, le biocarburant carbure mal
Depuis la chute, en début d'année, des prix des produits pétroliers sur le marché haïtien, les évangélistes du biocarburant semblent se replier. On n'entend plus parler des avantages alléchants que le pays pourrait tirer dans la production des énergies renouvelables. Le débat a-t-il laissé les médias pour se poursuivre à huis clos ?
Haïti: Les promoteurs des biocarburants à base de jatropha, connu en Haïti sous le nom de « Gwo metsiyen », croient dur comme fer que les énergies renouvelables constituent une planche de salut pour le pays. Moins polluants et plus économiques, le territoire ayant la couverture végétale la plus faible des Amériques, d'après eux, a tout à gagner et rien à perdre dans les biocombustibles. « Annuellement, Haïti consacre entre 35 et 50% de sa réserve en devises à l'achat de produits pétroliers », avaient révélé des spécialistes de l'environnement lors d'un colloque sur le secteur énergétique organisé en avril 2007 par la Fondation haïtienne de l'Environnement.
Mieux encore, les biocarburants offriraient, selon ses promoteurs, de grandes opportunités industrielles, touristiques et commerciales. « La production de biodiesel ne peut être conçue de manière isolée. Elle se situe au sein d'une chaîne agro-industrielle allant de la production de la matière première jusqu'à la fabrication et la commercialisation des co-produits », soulignent les responsables du groupe biodiesel Haïti. Ces derniers consolident de timides avancées dans le secteur depuis 2006, année au cours de laquelle ils avaient lancé leur premier essai de production de biodiesel.
« Notre capacité de production mensuelle passe de 50 à 500 gallons », affirme Reginald Noël, mécanicien et coordonnateur du groupe biodiesel Haïti. Une infime production pour un pays qui a grand besoin. Mais, tout ne dépend pas des apôtres du biocombustible. L'augmentation du volume de production de ce type d'énergie est étroitement liée à l'intensification de la culture du Jatropha, l'intrant principal du biodiesel, dans certaines régions du pays. « Cette plante tropicale, autrefois négligée, gagne du terrain depuis ces quatre dernières années », indique un responsable d'une institution nationale évoluant dans le secteur agricole. Continuer > |
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Le pays disposerait à l'heure actuelle de quelque 75 hectares plantés en jatropha. Une quantité suffisante pour inquiéter les défenseurs des Droits humains qui appellent à la prudence. Les agro-carburants, disent-ils, constituent une menace à la sécurité alimentaire et un danger pour Haïti. « Nous sommes contre la production des biocarburants qui tend à se substituer à la production agricole déjà trop faible », martèle Franck Saint-Jean, directeur du programme de souveraineté alimentaire à la Plate-forme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (PAPDA).
La garantie que donnent les producteurs du biodiesel à propos de la culture du jatropha qui se ferait dans les terres arides et marginales estimées à environ 540 mille hectares en Haïti, semble être trop faible pour rassurer les défenseurs des Droits humains. L'inquiétude s'abat et s'enracine dans le secteur agricole, notamment dans le coeur de l'agronome Saint-Jean, anxieux depuis le jour où il a appris que des lopins de terre cultivable dans le Nord-Est auraient été distribués aux promoteurs des biocarburants pour la culture du Jatropha. « Des hectares de terre fertile allant de Limonade à Ouanaminthe sont aujourd'hui plantés en « Gwo medsiyen », regrette M. Saint Jean rappelant que les biocarburants sont pour quelque chose dans la crise alimentaire qui affecte de nombreux pays dans le monde.
La réaction défensive et radicale de la PAPDA et des producteurs agricoles est, selon l'avis des responsables du groupe Biodiesel Haïti, le reflet d'une incompréhension liée à un manque d'informations. « Nous n'avons nullement la prétention d'empiéter sur les terres cultivables. Ce qui serait absurde dans un pays comme Haïti où la priorité demeure l'agriculture », se défend Reginald Noël. Au contraire, estime le promoteur émérite de la production de biodiesel, son initiative peut même servir de support à l'agriculture nationale. Gaël Pressoir, P.D.G. de la fondation CHIBAS, un centre de recherche technologique basé en Haïti, est d'accord. « Nous sommes en train d'effectuer des recherches pour répondre aux inquiétudes des acteurs de l'agriculture. On peut toujours lier technologie alimentaire et biocarburants », dit-il, comme pour calmer l'ardeur des altermondialistes. « Il n'est pas question, réplique l'agronome Saint Jean. L'agriculture et les biocarburants ne peuvent marcher de paire ».
Coordonnateur de la Commission nationale pour la sécurité alimentaire (CNSA), Gary Mathieu, lui, met la pédale douce. Je propose qu'on engage des débats sur le plan national autour de la question, dit-il, tout en soulignant la nécessité pour que les parlementaires mettent à jour les lois sur la sécurité foncière. « Ceci pourrait éviter une guerre froide entre les chantres des biocarburants et les défenseurs des Droits humains. »
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Monde Rural
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