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Gonaïves 4 ans après:les mêmes cris, la même détresse
TEXTE ET REPORTAGE PHOTO : ANTONIO BRUNO
Haïti: Nous avons fait le voyage dans la ville-berceau de notre indépendance où l'image magnanime de l'Empereur nous a accueilli pour dénoncer notre manque de bienveillance envers les faibles, notre absence de grandeur d'âme, notre mépris de ce coin de terre, nos yeux flous projetés sur la misère, la désolation, le drame cauchemardesque de toute une population.
Les mains aux mâchoires, la tête enfouie dans leurs paumes, le regard figé au sol, les bras en croix : ce sont les diverses expressions et attitudes qui habitent nos soeurs et frères gonaiviens frappés par l'absurde d'une réalité apocalyptique dont on leur avait fait comprendre, en 2004, que cela n'arrive qu'une fois dans la vie d'un être. Ils n'ont pas attendu tout ce temps pour revivre la même angoisse, le même cauchemar.
Et la mémoire est venue leur faire la confidence de ces millons détournés, de ces hommes sans coeur et sans état d'âme, de ces marchands du temple. Et ils se mettent à ressasser : plus cela change, moins cela bouge. Et alors le désespoir envahit l'espace pour atteindre la dimension d'un drame poignant rien qu'à regarder le visage tourmenté de cette mère qui dans un centre d'hébergement a choisi malgré elle de fuir le regard de son nouveau né faute de pouvoir répondre à ses pleurs. A l'établissement La Sainte Famille le même constat peut se lire dans les yeux tristes et profonds de soeur Vincenzina qui a accueilli à travers trois pavillons près de trois mille âmes qui jusqu'au dimanche 14 septembre n'avaient reçu aucune aide.
Le soir venu la ville se vide pour céder la place aux badauds armés de bâtons et de couteaux à l'attente du premier convoi d'aide. Au moment où ils exécutent leur forfait, il ne reste à la population que les messages d'encouragement et de motivation diffusés sur les ondes de radio Xplosion où responsables et animateurs se relayent jusqu'à une heure très avancée de la nuit. Et dans le silence de cette nuit, et à travers des yeux fatigués, et dans le scintillement de ces regards éclairés à la lueur d'une bougie, on peut entendre les mots du poète :« A quoi peut leur servir de se lever matin, eux que l'on retrouve au soir désoeuvrés, incertains».
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