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| Le danseur, Johnnoiry Saint Philipp |
| (Photo: Antonio Bruno) |
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| La danseuse étoile de Ayikodans, Linda François |
| (Photo: Antonio Bruno) |
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| Le Soliste, Dayron Napolès |
| (Photo: Antonio Bruno) |
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Le temps d'une réflexion
Haïti: par Antonio Bruno
La danse, sous le thème Eritaj, a retrouvé ses repères artistiques d'inspiration créatrice, de gestuelle généreuse à travers la poésie corporelle des danseuses et danseurs de Ayikodans du chorégraphe Jean Guy Saintus au Karibe Convention Center le samedi 24 mai 2008. Le public a fait le déplacement pour ovationner cette belle aventure dont le point d'ancrage remonte au 7 mai 1988 au Théâtre National. Vous comprenez donc très bien qu'après vingt ans de travail passionné, d'audace créatrice Eritaj ne saurait être une invocation nostalgique du passé qui fort souvent se charge de le détruire, de le sacrifier. Il y a de préférence, dans ce projet créateur, un retour à la source pour forcer le présent en vue d'annoncer un lendemain rempli de merveilleuses promesses.
Ainsi, nos chorégraphes, danseurs et autres cesseront de s'engouffrer dans cette vertigineuse obsession consistant à livrer bataille péniblement au ballet classique à travers des parodies d'exécutions ou nos enfants ne se retrouvent même pas. D'ailleurs, notre terre d'Haïti n'a pas grand-chose à gagner, car il faudrait pouvoir se hisser au niveau des grosses pointures internationales. Ceux qui comme nous ont eu le rare privilège de tomber en contemplation devant la dextérité époustouflante des Ballets Bolshoi comprendront facilement nos appréhensions. Ayikodans, cette progéniture de Artcho, se veut une rupture avec la complaisance des petits spectacles à consommation familiale.
C'est aussi un divorce avec les spectacles-reproduction pour s'investir dans la recherche et la création. Certes, les connaisseurs évoqueront certaines influences nord- américaines:celles du Alvin Ailey Dance Theatre, par exemple. Mais Alvin Ailey Continuer > |
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n'est autre qu'un disciple de Catherine Dunham. Et que serait le style Dunham si des l'âge de 26 ans elle ne s'était pas mise à l'école de notre folklore pour marquer de son empreinte la danse contemporaine? Ainsi l'on comprend très bien qu'on ne peut pas toujours créer en utilisant uniquement les ressources de sa propre imagination. Ayikodans a eu donc une heureuse initiative de récupération pour qu'on ne nous ôte pas à jamais ce qui nous appartient, notre riche culture. Cette dernière a besoin de valorisation et d'un encadrement structurel en vue d'un nouveau souffle. C'est la meilleure façon de ne pas abandonner nos jeunes talents à des aventuriers affairistes et d'encourager la création. Sinon le pays perdra comme dans
d'autres domaines ses meilleures ressources. A moins de s'armer de la ténacité de Jean Guy Saintus et de son équipe de danseurs, danseuses et musiciens qui ont affronté des difficultés énormes pour nous offrir cet instant de bonheur à travers Eritaj.
Dans notre milieu, la volonté de bien faire traîne assez souvent derrière elle la déception et la tristesse. Au cours des années 80, à l'émission Format 60 sur la TNH,devant se prononcer sur son regret ou non d'être Haïtien le professeur Roger Gaillard exprimait sa tristesse de l'être. L'illustre historien aimait trop sa terre natale pour préjuger qu'il faisait référence à sa nationalité. Il fallait au contraire entendre par-là un cri douloureux par rapport à notre sous-développement nous condamnant à mourir avec nos rêves, nos plus belles idées, nos plus généreux projets. Face à cette triste réalité, il ne nous reste des fois que la noblesse de notre folie. Et c'est cette passion que nous avons eu le privilège de jouir à travers la mimique, l'expression corporelle, la grâce de la danseuse soliste Linda François jusqu'a ne pas en croire nos yeux. Et le plaisir continue de se promener sur toute la salle à travers le jeu des solistes Dayron Napoles et Momo Sanno.
Ici, leurs corps tantôt en mouvement tantôt immobilisés en équilibre envahissent l'espace dans une harmonie tridimensionnelle pour réveiller, par la peinture de leur langage, nos émotions les plus profondes. Et au moment où nous jouissons de tant de merveilleux plaisirs, le rideau se ferme sur le dilemme du fondateur et directeur artistique Jean Guy Saintus accompagné du directeur de Artcho danse, Gérard Florestal. Pourtant, Eritaj est une performance réussie et valable pour tous les pays du monde. Mais l"amertume reste forte face à tous ces gens qui se plaignaient du fait de leur difficulté à bien voir. Ce n'est donc pas le travail des créateurs dont le principal souci est de s'assurer de la qualité du spectacle. Alors nom de Dieu!Offrez-vous une salle de spectacle à la mesure de vos espérances. Ainsi, en lieu et place des complaintes, les créateurs de la trempe de Jean Guy Saintus éprouveront une réelle joie à savourer la mélodie de vos appréciations pour le travail bien fait. Chapeau Ayikodans pour ce petit joyau tiré de notre "Eritaj".
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Antonio Bruno |
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