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| Robert Bauduy :"Il fut un génie dans l'art du théâtre" |
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«Bauduy fut un brave homme»
Monsieur Frantz Jacob, directeur du Théâtre National d'Haïti, considère Robert Bauduy comme une encyclopédie dans le domaine du théâtre du XXe siècle. Il connaissait beaucoup Franck Fouché . A l'époque où le professeur Louis Mars parlait d'ethnopsychiatrie, Robert Bauduy popularisait le concept d'ethnodrame. Sa mort laisse un grand vide.
Haïti: Sur la cour du Théâtre national, ce jeudi 31 janvier 2008, il y a un air de grande désolation. La nouvelle de la mort du professeur Robert Bauduy a été reçue comme un choc. Il est décédé dans la matinée du jeudi à l'Hôpital St-Esprit. Selon les informations fournies par le directeur général du Théâtre national, le professeur souffrait beaucoup d'ulcère d'estomac.
Une secrétaire du Théâtre National, très affligée, affirme que Robert Bauduy fut « un génie dans le domaine de l'art du théâtre ». Une réceptionniste, se référant à des souvenirs du défunt et à sa lutte constante contre la maladie, déclare: « Monsieur Bauduy fut un brave homme ».
Rencontré à son bureau méditant un peu sur les problèmes de l'institution aussi bien que sur la disparition d'un collaborateur, Monsieur Frantz Jacob, directeur du Théâtre national, considère Robert Bauduy comme « une encyclopédie dans le domaine du théâtre du XXe siècle haïtien. Il connaît beaucoup Franck Fouché. Il parlait beaucoup de Bertholt Brecht et discourait souvent sur les structures spatiales et les grandes mythologies du théâtre grec ».
Mentionnant au passage une oeuvre de Robert Bauduy, « Oracle du Mal d'Aurore », le directeur du Théâtre national nous informe que, dans une lettre adressée, il y a un mois, à l'administration, le professeur parlait avec pessimisme de la vie. «C'était comme une lettre d'adieu. »
Monsieur Frantz Jacob souligne que le professeur souffrait aussi de troubles mentaux. Ces problèmes psychologiques apparaissaient quand il refusait de prendre ses médicaments. Le directeur du théâtre national se rappelle un après-midi avoir vu Robert Bauduy parler avec emphase du Théâtre grec, les cheveux ébouriffés. « Il ressemblait étrangement à Beethoven », confie Frantz Jacob.
Robert Bauduy est né à Jacmel en 1940. Il détient un diplôme en Art dramatique du Conservatoire national d'Art dramatique dirigé par le coopérant français Gabriel Imbert. En 1963, il obtient un certificat de Première année à la faculté d'Ethnologie. Il a aussi une équivalence de la licence es lettres dans le domaine du théâtre à l'Université de Paris 3, Sorbonne. Il fut le metteur en scène de la pièce de théâtre de Max Vallès : « Le Roi Angole ». C'est en 1973 qu'il publie « Oracle du mal d'Aurore ». Il a fait des recherches sur le théâtre et le vodou. A l'époque où le professeur Louis Mars parlait d'ethnopsychiatrie, Robert Bauduy popularisait le concept d'ethnodrame.
Dans un Hommage à Lavinia Williams publié dans Le Petit Samedi Soir, le 4 août 1989, Robert Bauduy écrivait : « Aujourd'hui où l'on peut évaluer à sa mesure la dimension internationale des arts de la scène, le théâtre haïtien s'en voudrait de ne pas revendiquer la mémoire de cette pédagogue émérite en art chorégraphique. Elle était parvenue à débarrasser la tradition folklorique de l'approximation esthétique. »
Robert Bauduy a prononcé des conférences inoubliables sur le théâtre. Il a ouvert les yeux d'un large public sur les relations existantes entre des pratiques culturelles haïtiennes et la dramaturgie grecque. Il vivait avec son cousin Fritz Valesco.
Le professeur qu'on voyait souvent dans les rues surpeuplées de Port-au-Prince , entre les tap-tap tonitruants et se faufilant, parmi les piétons empressés, vers ses cours, a laissé des enfants pour lesquels il avait, des mois avant sa mort, demandé à l'administration du Théâtre national de liquider ses pensions.
La direction et la rédaction de Le Nouvelliste présentent aux proches de Robert Bauduy en général et à son frère Guy Bauduy en particulier leurs condoléances les plus émues.
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| | Oracle du mal d'aurore
De partout des multitudes échaudées
de rythmes en couleurs
aux étalages des quatre horizons de l'azur démesuré
La nuit au regard des ciels crevés de saoulaisons
au tafia de l'oubli.
La brise c'est un charme
La brise trompeuse des îles enchanteresses.
Et puis ce rêve qui se débat dans les serres de la nuit.
Et cette race qui ne connut ni les frissons d'étoiles
ni le réveil des musiciens, mais une pluie,
une pluie, toute la sainte et bonne journée la pluie
interminable des cravaches.
Et depuis, les dos noueux, lassés de chanter
le vertige des cimes et qui retombent
à chaque fois et se souviennent de la colère
des nuits aveugles aux négriers.
Et ce sont des regards de cataclysme, les premières
Flambées du regard rude des nègres sur le monde.
Nègre j'appris la danse sur les genoux des serpents.
Je suis né avec le rythme de la vie
Et depuis ce moment, la cadence de mes pieds
infuse à la terre une recrudescence de vie.
Et je naquis avec les premiers pas de yanvalou
vers le soleil du serpent royal.
Et ma danse est aussi une nostalgie d'étoiles.
Je suis né pour caresser les nuages
Des catapultes de mon rêve gonflé d'éclairs
et du feu d'artifice de ma joie d'ile rêveuse
au bord de l'océan.
Et mon cheval lancé à fond de train
sur l'opaque des chemins d'ombrage
mon cheval lancé à fond de train
invectiva le farniente des fièvres jaunes
pour montrer à l'histoire le chemin des beautés
aux coures haletantes d'Ezili Fréda.
Et depuis mon chant a fondu la neige des continents.
Et je fonds les ardeurs des tam-tam éperdus
pour en faire une amulette du pays.
Iles, chantiers de révolte
au réveil placardé de revues au rencart
d'éternuements imprécatoires,
Iles à perte de vue chaque jour le dimanche
Et les chaumières de chaux blanche à perte de vue.
La délivrance pour les rêves inanes
enfermés dans la nuit
les aurores dépaysées
dans le lamento des blues
et les soleils givrés
sous le vernis ébène de la joie.
Robert Bauduy
Extrait de Oracle du mal d'aurore (Editions Deschamps, 1973, 96 pages) |
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