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| Un recueil très prometteur. |
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| James Noël : l'esthéticien n'oublie pas les affres de sa terre. |
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La pureté ambigue
Le recueil de James Noël fait découvrir aux lecteurs, en quête de bonne poésie depuis « Fulgurance » de Bonel Auguste, un autre grand talent. Entre tradition et modernité, le poète connaît aussi bien le langage lyrique que les ruptures du rythme traditionnel.
Haïti: « Le sang visible du vitrier » de James Noël publié par les Editions CIDIHCA est un recueil qui traduit à la fois le grand talent de l'auteur et la douleur d'un pays accablé que le poète présente comme « un corps qui défraie la chronique ».
C'est toujours une difficulté dans le travail poétique de faire la quête esthétique du mot en même temps que de dire la vérité d'un espace où miracle et désastre traduisent les extrêmes de l'existence collective. Il y a un courant poétique qui fait le choix de l'abstraction pure. Un deuxième qui plaide pour le militantisme social. Le troisième tente des synthèses qui ne sont pas toujours de grandes réussites formelles ( Eluard , Aragon...) mais permettent à la poésie contemporaine d'expérimenter de nouvelles voies de perfection et d'humanisme. On peut mettre James Noël dans cette dernière catégorie.
Mais, cette classification n'est pas définitive. Le titre traduit déjà un bel effort esthétique. Les textes, par leur concision et leur manière de subvertir la prosodie traditionnelle, annoncent une poésie qui sera plus élaborée dans les publications à venir. « Le coeur mal loti par le vent nous nous aimons derrière nos larmes » sont une ces perles du recueil qui disent la dimension d'une poésie cherchant la pureté dans l'ambigu de l'image.
L'esthéticien n'oublie pas les affres de sa « terre ligotée ». Il nous rappelle que le temps du naturalisme du paysage est révolu. Mais, quelle subtilité du mot trouve Noël quand il écrit : « Nos réveils préfèrent le son du fusil au sang du coq » ! Là où l'on attendait le « chant », le poète trouve une mutation de terme propre à nos matins tropicaux.
C'est dans l'inattendu que la poésie de James Noël trouve ses meilleures expressions. Il y a comme une géométrie cachée dans des textes qu'il faut relire avec une généreuse attention pour en saisir le véritable sens. Sur cette structure interne s'étale l'eau dans tous ses états : « déluge », « diluvienne » ... « Des pêcheurs du grand large rentreront bredouilles ma bleue, écrit le poète, leurs filets étant captifs de ta mémoire. »
Poésie des îles, le recueil de James Noël balance d'une terre à l'autre des Antilles, entre « Port-au-Prince des ordures » et « Guadeloupe la soufrière ». Montrant donc du doigt la menace écologique régionale ou une révolte qui ne dit pas encore son vrai nom, James Noël n'est pourtant pas le poète d'une certaine authenticité antillaise. Toute image de folklore ou tout repère d'ethnologie est écarté d'un texte qui trouve ses vrais élans dans l'intimisme. Bien que sa poésie rappelle à certains vers les évocations de St Jhon Perse (« cacher dans vos mains quotidiennes les charbons ardents brûlant le pain de nos sens volcaniques »), James Noël est un artiste retenu de l'émotion.
Econome du verbe, Noël joue aussi sur le clavier musical du mot : » Je te rumine devant le vent. » Il n'hésite pas à dire son sentiment « jusqu'à l'épuisement de (sa) phrase bègue. » La caractéristique de cette poésie qui lie tradition et modernité est aussi bien dans le lyrisme que dans la rupture formelle du ton poétique.
« Le sang visible du vitrier » parait dans un contexte de trouble dans notre pays. Le poète tente de nous présenter un miroir qui nous permettrait de voir l'état de notre double projeté sur l'eau devenue, par indifférence, glace froide ou vitre dure. James Noël nous met en face de l'éventualité du naufrage : « Il aurait fallu, écrit-il, d'une gratuite larme pour que l'océan trouvât le suffrage des sept gouttes qui prononcent les noyades. »
Sans le proclamer haut et fort, le poète nous propose de construire sur les eaux tumultueuses notre barque collective.
Le sang visible du vitrier,James Noël
Préface de Jacques Taurand
Poésie, Editions CIDIHCA, 2007
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