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| Le poète Frantz Benjamin |
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Frantz Benjamin, poète des tornades d'arrière-saison...
Frantz Benjamin livre aux amants de la poésie ses deux derniers disques : « Chants de mémoire et « Dits d'errance ». Dominique Batraville a rencontré l'auteur.
Haïti: Dominique Batraville : Pourquoi la poésie dans un pays comme Haïti où le droit à la simple bouffée d'air se chiffre en millions de dollars?
Frantz Benjamin : Pourquoi pas? C'est vrai qu'Haïti est un pays paradoxal où le hideux et le splendide se côtoient naturellement. Quand tout le reste s'en ira, s'il doit s'en aller, il restera la parole. La nôtre en toute liberté.
D.B : Dans l'Antiquité grecque, certains philosophes se posaient cette question: la cité a-t-elle besoin de poètes, prédateurs ou pas?
F.B : Cette question est d'actualité. Je crois que notre cité a assez de prédateurs. Fussent-ils poètes. Mais de poésie, elle ne pourra pas s'en passer. Il y a d'ailleurs un glissement lexical autour du mot poésie que j'observe depuis un certain temps chez nombre de critiques littéraires, de cinéma, de musique ou d'autres formes d'expressions artistiques. Ce glissement lexical est très agréable dans la mesure où elle situe la poésie au coeur de toute démarche de création.
D.B : Est-ce vrai que la misère d'exister serait moins pénible sous les Tropiques?
F.B : C'est un mot que j'ai appris à respecter, car il ne fait sens véritablement que dans les tripes ou dans la tête qui le crient. La misère d'exister est pénible partout. Je vis dans un pays où le taux de suicide chez les jeunes est parmi les plus élevés au monde. Je viens d'un pays où un trop grand nombre de personnes n'ont pas accès à l'essentiel. Il y a un dicton d'ici que j'aime beaucoup : «Quand je me regarde, je me désole. Quand je me compare, je me console».
D.B : Avez-vous toujours deux amours: Port-au-Prince et Montréal?
F.B : Toujours. Vous savez, on laisse Port-au-Prince, mais cette ville ne nous quitte jamais. Pour ce qui est de Montréal, j'ai pris racine dans cette ville. Je l'aime tout comme Port-au-Prince. Me voilà Joséphine Baker : «j'ai deux amours...»
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(Propos recueillis par Dominique Batraville) |
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