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Conflits et banqueroute
Haïti: Odette Roy Fombrun
I.- CONFLITS
La journée de réflexion du Comité de Pilotage du Dialogue National (CPDN) et de l'Initiative de la Société civile (ISC) tenue au Montana le 3 juillet dernier, ainsi que l'analyse de Robenson Bernard dans Le Nouvelliste du 4 juillet, n'ont fait que renforcer le constat d'importants CONFLITS qui déchirent la nation.
La majorité est d'accord que le dialogue est une nécessité, mais pas d'accord sur les voies à employer pour l'entreprendre (Amary Noël) ; que la société civile est un must, mais pas d'accord sur ses voies d'expression (Lyonel Trouillot) ; qu'il faut une réforme de la justice, mais pas d'accord sur comment la réaliser (Yanick Lahens).
Le désaccord s'est exprimé avec encore plus d'ampleur au cours de l'intervention de Charles Cadet sur les Collectivités territoriales. L'économiste a fait ressortir que l'Etat haïtien est en banqueroute. Comment un Etat en banqueroute peut-il assumer le coût de cette multitude de structures politiques prévues par la Constitution de 87 ? Les conditions de base: divisions territoriales, économie... ne sont pas toujours remplies. Que faire ? Comment donner des services aux populations tellement dispersées ?*
Quant au CPDN, attaqué en force par Amary Noël au nom du CHAR, le pasteur Paultre annonce que la première étape est franchie et que des rapports sont prêts pour présentation au Gouvernement pour le suivi. En fait, il n'y a pas encore de fonds disponibles pour la deuxième étape. Nouveau gaspillage si les travaux devaient s'arrêter là !
Comme disait un ami, illustrant cette pénible réalité entre projets et financements: notre pays rêve de Ferrari alors qu'il ne peut même pas se payer un tap-tap. L'évidence même puisque le gros du budget national est financé par la communauté internationale.
Dans sa deuxième étape, le CPDN envisage de mettre en place, dans toutes les communes, des structures de dialogue. Nous faisons remarquer que le Groupe du Contrat social en avait placé un peu partout à l'intérieur du pays, de même que la Commission présidentielle du Bicentenaire de l'Indépendance. Dans un pays aussi misérable, ces structures, mises en place à grands frais, devraient pouvoir être utilisées tout comme devraient l'être les deux gros volumes publiés par cette Commission et dans lesquels sont compilées les visions, les revendications et les richesses disponibles des communautés. Les résultats de tant d'enquêtes menées sur le terrain devraient être utilisés tant par ceux qui envisagent un dialogue national que par les Ministères du Tourisme, de la Culture, des Travaux publics, de l'Agriculture...
QUE FAIRE ? Continuer > |
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Il faut admettre qu'en plus des amendements immédiats à la Constitution à appliquer en urgence, préconisés dans l'article concernant la Diasproa et la Constitution, les problèmes de survie d'Haïti exigent aussi:
1) l'adoption de LOIS D'EXCEPTION pour mater les graves problèmes de l'insécurité (Kidnapping, drogue, lâches assassinats). Il faut frapper fort les coupables car c'est l'impunité qui encourage la répétition de tels actes* *. Il faut aussi prendre les mesures qui s'imposent pour contraindre la justice à remplir son rôle, mettre la police en mesure de faire son devoir et fixer la composition et les responsabilités de la MINUSTAH prolongée.
2) la bataille de la PRODUCTION DE RICHESSES qui doit être entamée sans délai et à grand bruit, dans le domaine des exportations, de l'agriculture, du tourisme (incluant tourisme de croisière, pôles de développement et tourisme rural ** *qui exploite toutes les richesses disponibles naturelles, historiques et culturelles.) Pas de salut pour Haïti sans développement du pays en dehors. Il faut aussi la multiplication des mini-entreprises et entrepreneurs, la transformation du capital informel mort en capital productif...
A noter que le Gouvernement -jusqu'ici muet - a intérêt à s'adresser en urgence à la majorité nationale à bout de patience. Il importe de la dynamiser en lui montrant comment elle peut produire de la richesse. Il faut des actions concrètes qui lui montrent les voies et moyens de sortir de cette situation de misère sordide. Pas de charité mais des projets productifs.
3) des décisions importantes concernant les problèmes vitaux de l'ENERGIE, de l'EAU, de l'ENVIRONNEMENT.
Pour terminer, nous suggérons à ceux qui liront cet article de ne pas perdre leur temps à le critiquer, mais plutôt de penser à l'améliorer et à s'atteler à la difficile tâche de proposer des approches constructives susceptibles d'éclairer la lanterne du Gouvernement et de guider ses actions.
8 juillet 2006
Odette Roy Fombrun
* Dans Décentralisation et Collectivités territoriales, Jocelerme Privert cite le cas de la commune de Petit-Trou de Nippes qui a 6 CASEC et reçoit pour salaires et frais de fonctionnement, 49,160 gourdes.
** Nous avons suggéré la construction d'une prison difficile d'accès, hors des villes, dans lesquelles les
coupables de ces crimes seraient astreints à travailler au bénéfice de la communauté (à fabriquer des bancs, des bureaux, des tableaux pour les écoles...).
*** le tourisme rural, que préconise le Konbitisme, est susceptible de réaliser l'inclusion de la paysannerie et de la diaspora, de développer l'intérieur du pays, de protéger l'environnement.
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