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Haïti, un bon élève...Vancouver aussi
Homosexuels, travailleuses de sexe et toxicomanes font les lits du VIH/Sida à Vancouver et à Port-au-Prince. Ces points de similitude entre la richissime ville canadienne et la capitale de la Perle ternie des Antilles ne se limitent pas aux seuls groupes à risque. Experts haïtiens et canadiens énumèrent quelques points communs des armes stratégiques qui font fléchir le taux de prévalence dans les deux villes.
Haïti: Une poignante diapositive, illustrée de photos d'Haïtiens et de Canadiens, illumine la somptueuse salle de conférence de « Siman Fraser University ». Nous sommes dans la ville glaciale de Vancouver qui a commémoré, ce 1er décembre, la Journée mondiale du Sida. Une dizaine d'experts, de militants et de PVVIH (personnes vivant avec le VIH) haïtiens s'attablaient. Le temps d'énumérer quelques points communs des stratégies utilisées pour faire fléchir le taux de prévalence de 6,2% à 2,2% en Haïti et de stabiliser à environ 1% le taux de prévalence de la pandémie à Vancouver. Une baisse due à la mobilisation communautaire en Haïti et à Vancouver, a estimé Jean Saurel Beaujour de l'Association solidarité nationale des personnes infectées et affectées par le VIH (ASON).
« Avant 1999, l'Eglise stigmatisait systématiquement les PVVIH en Haïti. Grâce à la mobilisation communautaire, les leaders religieux soutiennent la lutte contre le VIH/Sida tant en Haïti qu'à Vancouver, soutient Beaujour, du haut de la tribune de l'Université. Dès deux côtés, le nombre de cas de dépistage volontaire augmente d'année en année. »
La petite île des Antilles et cette riche ville canadienne n'ont pas seulement des points communs dans les stratégies de lutte, mais aussi des obstacles à surmonter. « Une carence en personnel médical dans les régions éloignées se fait sentir tant en Haïti qu'à Vancouver », a constaté Claudia Riché Thomas, une chevronnée infirmière, travaillant au Centre Gheskio, symbole de la lutte contre le VIH/Sida en Haïti. En raison de l'impact et de la complexité de la pandémie, a dit l'experte, tant au niveau physique, mental ... que psychologique, une équipe multisectorielle composée d'infirmières, de médecins, d'étudiants, de PVVIH et de techniciennes de laboratoires est formée en vue d'apporter une réponse efficace à la problématique du Sida.
Des points de similitude entre les groupes de support engagés dans la lutte contre le VIH /Sida ont été également relevés par Rose Laure Janvier Isidor (Libere Lapawòl) lors de la conférence-débats marqués par une piécette montée et jouée par Eddy Raymond, Daniel Verlus et Marie Cécile Vixamar (trois comédiens de la Fondation pour la santé reproductrice et l'éducation familiale). En guise de solidarité avec les immigrés africains testés positifs à Vancouver, les jeunes comédiens ont posé dans une piécette la problématique de la stigmatisation et de la discrimination, dont sont l'objet les PVVIH un peu partout dans le monde. Au-delà de la maladie, il existe des humains, ont vite compris les responsables de Promoteurs Objectif Zérosida (POZ), initiateurs du « Téléphone Bleu ». Le succès de cette ligne téléphonique mise en place pour aider tout PVVIH à surmonter les obstacles a été souligné par le Dr Myrna Eustache dans le cadre des échanges entre experts haïtiens et canadiens.
« En matière de lutte contre le VIH /Sida, Vancouver a beaucoup de choses à apprendre d'Haïti », a estimé Jon Tinker, directeur exécutif de Panos Canada. Ce n'est pas André Jolicoeur de Panos Caraïbes qui dira le contraire. « Durant les 30 dernières années, nous avons acquis de l'expérience en matière de VIH/Sida, et des villes du Nord comme Vancouver sont intéressées à apprendre de l'expérience des pays du Sud comme Haïti », a affirmé le chef de la délégation haïtienne. Par le passé, les échanges se faisaient du Nord au Sud, maintenant des pays du Nord comme le Canada sont désireux d'apprendre de l'expérience des pays comme Haïti, notamment en matière de VIH /Sida, a souligné le Dr Jolicoeur.
L'idée de la mission d'échanges entre experts haïtiens et Canadiens découle du succès du projet « Aids in two Cities » qui avait montré, par de saisissants portraits du photographe Pieter De Vos, que l'épidémie du sida présentait de frappantes similitudes, à Port-au-Prince et à Vancouver.
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