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National |
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1er Décembre 2008 |
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| Jean Saurel Beaujour |
| (Photo: Pieter de Vos) |
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Saurel Beaujour, l'icône masculin
Le taux de prévalence du VIH/Sida en Haïti a fléchi de 6,2 % en 1996 à 2,2% en 2008. C'est, en très grande partie, le fruit d'une intense mobilisation de Jean Saurel Beaujour, l'icône masculin de la lutte contre le VIH/Sida. Il a vu mourir, sous ses yeux, frappés par la pandémie, dix de ses compagnons qui devraient lancer avec lui ASON, la plus ancienne organisation de PVVIH en Haïti. Portrait d'un combattant.
Haïti: Le sida lui a volé quelques kilos de son poids normal, mais n'a pas ôté sa vie. La pandémie, avec son cortège funèbre (du temps que les anti-rétroviraux n'arrivaient pas encore en Haïti), frappait tellement à ses yeux, quand Jean Saurel Beaujour (43 ans), a rompu en janvier 1999 le silence qui entourait cette maladie. L'histoire de sa vie est liée à une vingtaine de camarades qui devraient lancer avec lui l'Association solidarité nationale des personnes infectées et affectées par le VIH (ASON). Ereintés par les bouleversements politiques de 1991, marqués par le coup d'Etat suivi d'exil de l'ex-président Jean-Bertrand Aristide, ils étaient tous candidats à l'exil aux Etats-Unis. « Les examens médicaux ont révélé que nous avions tous été infectés du VIH/Sida », raconte Jean Saurel Beaujour. La stigmatisation à l'époque était si manifeste qu'ils n'ont pas eu le courage de lancer ASON, la première organisation de PVVIH. Dix parmi les candidats malheureux à l'exil aux Etats-Unis ont succombé. Les anti-rétroviraux n'étaient pas encore introduits dans la petite île.
Aidé par un coopérant français, Saurel Beaujour a lancé timidement l'organisation il y a neuf ans. Il s'est donné pour mission de sauver des vies avant de rendre son dernier soupir. Entretenir l'espoir: la tâche tenait du sacerdoce à l'époque. Plus de 6% des Haïtiens à cette époque vivaient avec le VIH, un pourcentage plus élevé que celui de la plupart des pays de l'Afrique de l'Ouest. « Le secteur médical a été le bastion de la stigmatisation et de la discrimination », se rappelle l'icône masculin de la lutte contre le sida en Haïti. Dans les églises aussi, le secret qui entourait la question pesait comme un couvercle de cercueil.
Vivre ou mourir Continuer > |
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Aller dans les vallées et les montagnes pour faire accepter l'organisation et sensibiliser les jeunes sur un sujet aussi tabou, la tâche devenait ardue au point que Jean Saurel Beaujour commençait à vendre ses biens pour faire fonctionner ASON. Il a été partout pour témoigner de sa maladie et prodiguer des conseils aux jeunes. Il n'a pas été seul dans la lutte. Une certaine Esther Boucicaut Stanislas militait dans la région de l'Artibonite. C'est la première femme à avoir affirmé ouvertement sa séropositivité en Haïti. Près d'une décennie après, 2000 membres ont adhéré à l'Organisation et une dizaine d'autres Associations ont émergé. Toutes regroupées au sein de la Plate-forme haïtienne des Associations de PVVIH, dont M. Beaujour a dirigé pendant trois ans le conseil d'administration. Esther Boucicaut, l'icône féminine de la lutte contre la pandémie a, depuis, pris les commandes de ladite plate-forme.
Si Haïti connaît un léger mieux dans sa structure médicale, il le doit aussi aux PVVIH. « Le sida rend la société plus humaine. Les cas de décès provoqués par les maladies opportunistes ont servi de stimulant pour faire avancer la lutte », a dit Saurel Beaujour. Si les maladies opportunistes tuent encore plus de 8 000 personnes par an, près de 20 000 malades suivent désormais un traitement antirétroviral gratuit. Une victoire pour le fondateur d'ASON. Mais, pas assez pour lui faire déposer son bâton de pèllerin. « L'Etat haïtien doit injecter dans le budget de la République un fonds de solidarité de lutte contre le sida », a-t-il plaidé. La vie de quelque 170 000 PVVIH en Haïti est accrochée à l'aide internationale. Le Fonds mondial et le Pepfar, plan américain contre le sida, apportent désormais 100 millions de dollars par an pour booster la réponse à l'épidémie. «C'est plus de huit fois le budget national de la Santé», selon Emile Charles de la Fondation Sogebank, qui gère l'argent décaissé par le Fonds mondial.
« Doter le pays d'un cadre légal en matière de lutte contre le VIH/Sida et ériger d'ici l'année prochaine un mémorial en mémoire de toutes les personnes emportées par les maladies opportunistes », sont les nouveaux paris lancés par Saurel Beaujour. A Vancouver, il a énuméré les points de similitude existant entre la ville canadienne et Haïti dans la lutte contre le VIH/Sida. C'est pour la première fois qu'il a passé un 1er décembre, journée mondiale de la lutte contre le sida, en dehors d'Haïti. A l'initiative de Panos Caraïbes et de Panos Canada, il se retrouve au Canada dans le cadre d'une mission de partage d'expériences entre Port-au-Prince et Vancouver dans la lutte contre le VIH/Sida. Avec Saurel, la lutte contre la pandémie a encore de beaux jours...devant elle.
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Claude Gilles
Vancouver, Canada |
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