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| Le romancier Josaphat-Robert Large |
| (Photo: Robenson Bernard) |
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| Première de couverture du roman de Josaphat-Robert Large |
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Un roman ardent et lumineux
Dans «Partir sur coursier de nuages», on vit une chronique. Mieux: derrière l'anecdote, la masse des souvenirs et des peintures un superbe style artiste se précise. Perceptible. Ce roman à épisodes sirupeux, trépidants, ténébreux et enchantés s'attache, à plaisir, à son fil conducteur ancré dans l'histoire. Ou ses avatars.
Haïti: Ouvrir un nouveau roman de Josaphat-Robert Large ressemble à un rendez-vous jalousement espéré. On sait que l'on retrouvera, sans aucun doute, un récit dont la trame produit un effet de réel qui contribue à l'intensité dramatique. Le rythme est déterminé par les rapports entre le temps de la fiction (celui de la durée de l'intrigue) de la narration (celui nécessaire pour raconter l'histoire). Et ce , au moyens d'ellipses qui s'ajoutent aux repères temporels aussi bien qu'aux repères spatiaux.
«Partir sur un coursier de nuages», second tome de la trilogie les empreintes de la vie dont le premier « Les terres entourées de larmes» ( l'Harmattan 2002) avait remporté le prix littéraire des Caraïbes en 2003, semble restituer toute la mesure des techniques de construction romanesque de Dos Pasos. Il obéit au postulat des formes nouvelles de création du genre chères à Mussil et Durrell.
Loin des routines narratives imprescriptibles, Josaphat-Robert Large demande au roman autre chose qu'un récit, une analyse, une étude socio-historique. Il propose que le roman soit une recherche, une quête esthétique avant d'être un récit soucieux des formes polyphoniques, musicales, stéréophoniques. Son intention est carrément phénoménologique, encore que s'y mêlent subjectivité et objectivité. Le roman est présenté comme une matière fluide, à essence poétique. On y entre à plaisir sans aucun désir d'en sortir. Cela va de soi.
D'emblée, il est loisible de suivre l'aventure personnelle de Cyparis, le rescapé de la déflagration qui se déploya au-dessus de la Grand-Case puits de la Montagne-Guirlande. Explosion labyrinthique. Le fond du tableau n'est plus la réalité objective sur laquelle se découpe la silhouette du protagoniste, mais c'est son profil mythique qui domine une certaine tranche de l'histoire déjà légendaire en raison de la pneumatologie qu'elle sous-tend.
Romancier de l'histoire, Josaphat-Robert Large entreprend d'amasser, de codifier et d'annoter le passé ou certains de ses aspects émouvants ou terribles avant qu'il ne se perde dans le tourbillon de l'oubli. C'est la tâche surhumaine qu'il s'est assignée. « L'Afrique est une forêt que mes pas ont arpenté de long en large. C'était le lieu où j'avais l'habitude de franchir tous les obstacles pour atteindre les bleds où se maintenait l'équilibre de mon existence ». ( p. 11)
Le miroir brisé du romancier Continuer > |
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Clins d'oeil sur la revanche de l'Histoire, de l'assassinat systématique de la mémoire collective prise sous un angle d'éternité, instruction apparente du procès du néocolonialisme et de ses instances de légitimation, ce roman de Josaphat-Robert Large est tout cela. Et plus encore. Sûr d'avoir tout compris jusque dans ses idées reçues, le Narrateur est capable de toutes les émotions comme de toutes les lucidités. « Je suis né une fois dans le ventre d'un requin. Comme Jonas dans sa baleine. J'ai fait le tour du monde à l'intérieur du terrible prédateur, et c'est là que j'ai curieusement appris à me défendre ». (p. 12)
En tout, c'est l'homme et l'homme seulement et les contours passionnants de son existence qui intéresse le romancier au miroir brisé, mais l'homme tel qu'il se sent lui-même, dans la méditation intime du moi plein et profond. La force de ses sentiments est telle qu'il lui faut un ciel, un purgatoire et un enfer pour pulvériser les motifs secrets de sa violence concentrée, de ses utopies jubilatoires, de son impossible idéal, de sa mélancolie presque toujours sérieuse et grâve. Quel auteur avait écrit, on est pessimiste pour rendre les tâches collectives encore plus urgentes. Large semble voué au pessimisme affectif, voire métaphysique. Son image s'apparente à celle de Sisyphe qui signifie que la douleur est sans remède et que le propre de cette souffrance c'est d'être encore plus pénible (par les temps qui courent), d'exiger de tous les hommes, dans une action concertée, solidaire l'effort qu'il faut sinon pour la vaincre du moins pour la contourner.
Un écrivain nomade au sourire mi-ironique
Ce roman aura le mérite de retenir l'attention à un double titre : c'est d'abord un projecteur qui se promène sur des pans entiers de notre vie (de peuple). Il reflète l'azur des cieux, la fange des bourbiers et le spectacle bigarré de nos nuits de veille. Ensuite, le livre expose, par ricochet, les lois générales de l'existence que le romancier a lui-même découvertes. En vrac. Tout le secret se trouve dans l'hybridité de la pratique de création romanesque de Large et du caractère nomade de l'écrivain qui arpente à sa guise les allées tristes et sombres du Soudan, du Nil, du Bahoruco, de la Martinique, de la Fossette, de la Havane et des Bateys : « lieux puants d'une autre forme d'esclavage ».
Il faut prendre en compte le sens radicalement antithétique et prométhéen dans lequel Josaphat-Robert Large opère le choix qui inaugure sa démarche par rapport au roman classique conventionnel. Pénétré des défis de la modernité et de sa soif inextinguible, il analyse jusqu'à l'épuisement ou presque le domaine sous-jacent de ses perceptions. Phantasmes romantiques. Mais il y a le style de celui qui sait rendre légère et souple comme une plume chacune des 215 pages de ce roman qui ne cache ni ne modèle rien, mais dévoile bien des dimensions de la vie.
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Robenson Bernard
Rbernard@LeNouvelliste.com
Robernard2202@yahoo.fr |
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