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Une certaine gauche haïtienne anachronique, hostile à la gauche certaine
Haïti: De bonne facture, cette émission de Roro Pharel, diffusée le dimanche 4 février 2007 sur les ondes de Radio Métropole et centrée sur la valeur de l'argent dans notre société. Et après l'avoir écoutée, il paraît important de lever certaines confusions. Roro a raison de s'aligner sur la position de ceux qui croient qu'il existe des liens de causalité entre la croissance économique et le bonheur. J'y crois aussi. Et il me semble que certaines précisions s'imposent. Une manière d'établir la différence existant entre une certaine gauche ( gauchisme) et une gauche certaine éclairée.
Précision 1 : la gauche n'est pas le gauchisme
C'est la Révolution française qui a donné au mot gauche son contenu politique : à l'Assemblée nationale française, les partisans du pouvoir royal se mettaient à l'aile droite de l'hémicycle, alors que les opposants au droit de veto royal se regroupaient à gauche. Et depuis ces notions ont évolué. Si la droite renvoie au libéralisme voire au conservatisme, la gauche éveille l'idée de lutte contre les inégalités sociales, elle réfère aux mouvements qualifiés de progressistes.
S'il est un terme qui a dans la littérature marxiste une connotation péjorative et qui ne fait pas bon ménage avec la gauche certaine, c'est bien celui de gauchisme.
Aux gauchistes agressifs qui dénaturent, caricaturent le marxisme, j'aime demander s'ils ont lu ce livre écrit en 1920 par Lénine titré La maladie infantile du communisme, ou le "gauchisme". Je présume que non et je comprends la confusion qu'ils font entre gauchistes et hommes ou femmes de gauche. Dans ce texte, Lénine donne des conseils à des membres de la 3è internationale, notamment les Hollandais, les Allemands et les Italiens. Il rejette les positions radicalistes de certains partis et organisations européens et soutient, en substance, que ceux qui veulent travailler, dans la perspective des intérêts des masses, et permettre à celles-ci de mieux intérioriser l'idéologie socialiste doit rejeter tout formalisme en matière d'organisation et adopter au contraire la plus grande souplesse.
Précision 2 : la gauche est, par essence, non manichéenne
La gauche ne s'oppose pas à la croissance économique, elle réclame une meilleure distribution des richesses. Misérabilisme, non ! Culte de la pauvreté, non ! Accompagnement des pauvres dans une perspective de recherche de l'abondance pour la grande majorité, sinon pour tous, oui. La gauche lutte contre les structures sociales qui permettent de reproduire les inégalités sociales et elle s'intéresse donc à la qualité de la vie pour tous. Et pour cela, elle sait même, suivant que les circonstances historiques l'obligent, s'adapter à l'économie de marché. Aux gauchistes radicalistes, j'aime demander s'ils savent que, face à certaines difficultés auxquelles faisait face la Russie (celle-ci sortait de la première guerre mondiale), Lénine a dû prendre, en 1921, des mesures de type capitaliste. Avec la Nouvelle politique économique (NEP) , la Russie d'abord, puis l'URSS ont connu une relative libéralisation économique. N'est-ce pas Lénine qui, s'adressant à ses compatriotes affirma :« [...] nous ne sommes pas assez civilisés pour pouvoir passer directement au socialisme, encore que nous en ayons les prémisses politiques ».
Précision 3 : la gauche n'est pas une confrérie de caleçons sales
Quant aux gauchistes qui croient devoir affirmer leur position idéologique en s'habillant mal, en ne se coiffant pas ou en ne prenant pas soin de leur corps, je dis que ce folklorisme politique n'est pas de bon ton. Continuer > |
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Qui a dit que les communistes doivent constituer une confrérie de caleçons sales ? Cette question, Jacques Roumain, tout confortable dans sa culture de gauche, l'aurait faite, au début du 20e siècle, aux ancêtres de nos gauchistes folkloriques haïtiens? Ils se trompent tout simplement, ces messieurs, qui croient encore aujourd'hui, qu'un homme/femme de gauche doit être un personnage mal fagoté. Et à certains d'entre eux, il faut, tout simplement qu'on inculque des notions d'hygiène corporelle. Prendre sa douche, nettoyer ses ongles, se laver les mains avant de manger ou après avoir été aux toilettes ne relèvent pas de l'idéologie. Rien n'empêche à un homme ou femme de gauche de bien se vêtir, de fréquenter des restaurants d'une certaine classe, d'accéder aux loisirs, s'il dispose de moyens pour le faire.
Position de classe n'est pas à confondre avec appartenance de classe. Se rallier à la cause du peuple ne signifie pas qu'on soit dans le peuple. Plaider pour que les pauvres cessent d'être pauvres implique qu'on veuille que les pauvres passent du moins être auquel les place leur statut de pauvres pour accéder à une situation de plus être. Dans cette bataille, quel avantage tirerait un homme ou une femme de gauche à précariser ses conditions de vie ? C'est parce qu'il avait les moyens pour le faire qu'Engels pouvait soutenir Marx en situation difficile.
Parce que quelqu'un se réclame de la gauche, on ne peut pas lui demander de faire semblant d'être en dehors d'une économie de marché.
Précision 4 : la gauche n'est synonyme ni de populisme ni d'angélisme politique
Le peuple n'est pas un enfant de coeur. Ni rejet de l'expertise ou de l'élitisme pour faire appel au " sens commun ", ni idéologie qui idéalise le peuple et qui l'oppose à un " ennemi " démonisé, la culture de gauche n'érige pas le peuple en absolu. Le peuple sait se tromper. Les intellectuels organiques dont parle Gramsci se doivent être des avant-gardistes.
Parce qu'il flatte le peuple, le populisme est plus proche des fascismes mussoliniens et nazis aussi bien de leurs dérivés que de toute autre chose. A nos gauchistes populistes qui fréquentent l'université, qui s'entêtent à ressembler au peuple et qui sont toujours prêts à censurer ceux qui refusent de s'inscrire dans cette démarche démagogique, j'aime rappeler que, pour vivre totalement comme les gens pauvres, ils doivent cesser d'entreprendre des études supérieures.
Précision 5 : la gauche n'est pas synonyme d'intolérance
Aux gauchistes qui croient que tout doit se résumer dans l'affrontement, qui confondent lutte de classe et haine sociale, j'aime demander s'ils ont une idée de la théorie gramscienne de la société civile et société publique. Pour Gramsci, la construction du socialisme ne passe pas nécessairement par le putsch. Elle ne résulte pas obligatoirement de l'affrontement direct, mais se réalisera par la subversion des esprits. Les intellectuels organiques ont, selon le point de vue de Gramsci, un rôle important à y jouer.
De quelle gauche nos gauchistes se réclament-ils? Allez savoir si ce n'est pas de celle qui avait mis le Cambodge à genoux.
Entre 1975 et 1979, les khmers rouges de Pol Pot ont mis en prison dans un centre dénommé S-21 plus de 20 000 personnes. Ils ne furent que 7 à survivre. Ils ont mené une guerre systématique contre les intellectuels et la population urbaine cambodgienne. Ils s'en sont pris avec rage contre tout ce qui s'apparentait à la modernité. La Banque nationale de Cambodge n'a pas été épargnée. Ils ont aboli la monnaie, la famille, la religion et la propriété privée.
Plus d'un million et demi d'individus ont succombé sous ce régime. Mais chut ! Pol Pot se réclamait aussi de la gauche comme nos gauchistes.
En finir avec la précarité, le chômage, l'exploitation, la pauvreté, la misère, l'oppression..., voilà, au bas mot, le travail à réaliser par la gauche certaine. Elle n'a pas à suivre la certaine gauche à la courte vue. Le matérialisme dialectique nous apprend que rien n'est absolu, tout est dynamique. Sans tomber dans le révisionnisme, cette gauche doit apprendre à comprendre pour mieux entreprendre
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Jacques Yvon Pierre |
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