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L'autobiographie d'un joueur de foot
Haïti: Je dois à l'amicale attention d'Yves Lavaud, l'Immense satisfaction de refermer le deuxième tome de l'autobiographie d'Emmanuel Sanon sorti sous le titre: "Toup pou yo", l'auteur reprend ainsi le leitmotiv d'une célèbre chanson d'accompagnement de la sélection haïtienne de football pendant les années 1970. Ecrit avec le concours de Josaphat-Robert Large, un écrivain de métier, le Tome II est d'une lecture agréable. L'écriture alerte, le récit palpitant, le suspense haletant. Il est, sur le plan de la rédaction, mieux élaboré, mieux construit. Pour cause: l'apport deM. Large. Contrairement au premier tome qui m'avait semblé écrit à la hussarde, à la va-vite. Avec l'immature dans l'écriture en plus. Cette fois-ci le fan de football, pour l'occasion le lecteur, apprend énormément sur le circuit professionnel. Une tout autre culture. Ce n'est pas facile en effet pour un joueur amateur de s'imposer sur le vieux continent. Le temps joue contre lui: le froid, la neige, la pluie incessante. Le passage de l'amateur au statut professionnel est douloureux; pour couronner le tout: le dépaysement. Loin de ses racines, se frayer un chemin, conquérir une place dans un club professionnel relève de la gageure. Un défi initialement insurmontable.
Au tome II de son autobiographie, Emmanuel Sanon invite le lecteur à revisiter les sept (7) années passées au club Berschoot d'Anvers (Belgique). Ses débuts difficiles sous la direction de l'entraineur Rick Coppens, puis à force de travail physique, de travail d'endurance, de détermination, de volonté, il a pu réaliser le tour de force de l'acclimation jusqu'à devenir une pièce maîtresse du dispositif tactique de son équipe. La consécration: au terme de six ans de club professionnel, remporter la Coupe de Belgique après avoir éliminé Anderlecht en demi-finale, puis surprendre le FC Bruges en finale. Le petit poucet qu'est le Berschoot d'Anvers avait accompli pareil exploit en misant sur un collectif certes, mais tout autant grâce à ses individualités: l'espagnol Juan Lozano, le gardien Plonais Ian Tomazewski (Tomak) et Emmanuel Sanon (Manno) que je serais tenté de surnommer "la Flèche", pour sa pointe de vitesse. Il est clair que Manu-ainsi l'appelaient les supporteurs anversois-avait acquis en intelligence tactique, qu'il mit, dans des conditions difficiles, au service de son pays. Aussi répondait-il présent à chaque fois que la sélection haïtienne de football avait besoin de ses services, que le devoir l'appelait.
Son instinct de buteur nous a sauvés en effet dans bien de situations délicates, arrivant à les renverser alors qu'elles étaient compromises. Evaluer à un si haut niveau n'aurait pas été possible sans la présence de sa famille. Sa femme, Suzie, lui apporta la sérénité requise. La naissance successive de leurs quatre enfants fit de lui un homme comblé. Cependant, le lecteur est horrifié, déçu après le coup de cochon des dirigeants du Berschoot d'Anvers qui ont fait capoter son transfert à Anderlecht, club huppé de Bruxelles (prononcez: Brusselles). Sa réaction fut vive: il s'en alla, après 7 ans sous la pluie incessante tombant du ciel belge, poursuuivre dans le soccer américain.
"Toup pou yo" (tome II), 159 pages, juillet 2001, est d'une lecture agréable. Au fil de l'effeuillement, l'on est curieux de connaître la suite. Le tome III, si Manno bénéficie de l'assistance de Josaphat-Robert Large et s'il est toujours supporté par la compagnie Comme Il Faut, captera et captivera indubitablement le lectorat sportif. Ce n'est pas tous les jours que l'autobiographie d'un joueur (haïtien) de haut niveau peut-être tenue entre les mains. Pour être lue goulûment. ... comme du petit lait. J'ai beaucoup aimé. A propos, comment traduiriez-vous le titre? J'opterais pour: «Tir fulgurant et victorieux». Tir au sens de: coup de pied. A vous de jouer!
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Jean-Claude Boyer
2 février 2005 |
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